•  

     

    Un bout d'os       ...avec James Sacré

     

     

    Petits masques voyageurs sans le vouloir

    Partis peut-être d'un même pays

    Les voilà qui se rencontrent (ou se retrouvent?)

    Plus perdus que jamais

    Sur la couleur sombre d'une table en bois

    Rue de Mourèze à Montpellier, Montpellier en

    France

    Pas la capitale du Vermont, ni d'autres

    Montpellier

    Qu'il y a peut-être ailleurs; les mots voyagent.

     

    Les mots voyagent, 

    Transportent quoi d'un endroit l'autre, sinon

    Le silence (amical ou ricaneur)

    De tous les masques du monde?

    (p.48)

    *

     

    Sur la même table en bois, venue de la Nouvelle

    Angleterre

    Ce brouillon de poème dont on peut se demander

    S'il est un masque abandonné. 

    (p. 49)

    *

    ...

    Y-a-il un visage

    Sous le masque du poème?

    Ou si le poème est là

    Sans rien qui parle derrière?

    Un visage qui s'est défait,

    Masque mort

    Dans un désir oublié?

    (p. 50)

    *

    Peu à peu un masque d'os et de rictus

    S'installe à fleur de notre peau, bientôt

    T'auras ton visage comme un cul sans forme

    Carnaval pas drôle qui met tout à l'envers

    Toujours, auras-tu

    L'énergie d'en rire? Et si même sous terre

    Un bout d'os

    T'affirmera vivant?

    (p. 65)

    *

    L'éclat d'une pierre noire avec des trainées fauves

    Sa forme un peu longue, épaisse

    Remplit bien la main, et bon poids.

    Je l'ai ramassée pas loin d'un lieu familier

    Traversant la route pour arriver

    Aux verdures quelque peu fatiguées

    D'un triangle de jardin public. 

    La pierre est sans doute marocaine

    Mais comment venue là en ce lieu perdu du Gharb?

    Et comment si soudainement

    Pesante de solitude et de silence

    Quand maintenant tu la regardes

    En ta maison de Montpellier?

    (p. 126- 127)

     

    James Sacré, Figures de silences, Tarabuste Editeur, 2018.   

     

    Masque mort dans un désir oublié

        

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    Agencement du désert ... avec Carole Mesrobian

     

     

    Le tissu d'émeraude de feuilles qui balaient

    la lumière salvatrice ouvre un espace oublié.

    C'est de là qu'est venu écrire, dans la pulpe

    végétale de l'enfance. Là autrefois il y avait

    un homme grand comme un arbre. Il souriait

    avec ses yeux. J'ai été sauvée là. J'ai imaginé là

    dans la puissance incantatoire de la nature.

    C'est Breughel et Naples réunis, c'est L'Homme

    blessé à Paris, la Pietà sous le drapé

    qui offre au Christ la soie des larmes.

     

    L'Homme de l'enfance ne parlait pas...

    (p. 16)

     

     

    ...j'étais le vent augural et la tornade des déserts, 

    je crois. J'ai su qu'on peut être la multitude et l'unique,

    le tremblement et le funambule, la montagne 

    comme le roc.

    Peu m'importait les briques édifiées autour du corps,

    j'habitais un château magistral et cosmique que rien

    ne peut anéantir parce qu'il est le néant qui déborde 

    de lui-même.

    (p. 35)

     

     

    J'écris, j'ai écris

     

    Je suis une femme ailleurs

    là où n'existent plus les femmes

    ni les hommes

    Tout juste des paillettes

    ce qui pétille

    ce qui crépite

    hors tout feu 

    (p. 117)

     

     

    Carole Mesrobian, Agencement du désert , z4 éditions, 2020, Illustration de couverture: Davide Napoli. 

    Le livre est paru avec une préface de Tristan Felix dans la belle collection "La diagonale de l'écrivain", dirigée chez z4 éditions par l'écrivain Philippe Thireau.

     

     

     

     


    votre commentaire
  • weg

       

     

     

    /weg ne peut pas pousser les mots du dedans vers le dehors/    ...avec Michaël Glück

     

     

    Je dis weg pour voir ce nom par lequel il s'est désigné à moi; weg pour voir ou pour me voir, dans ses yeux me voir, quand je prononce son nom. Si je veux me voir dans ses yeux il faut que je tienne sa tête entre mes mains, son visage face au mien. Je fais cela quand je soigne sa tempe.

     

    Parfois je vais sous la table avec lui, malgré la puanteur, fétidité excrémentielle. J'essaie de me convaincre, que je m'habitue à la puanteur. à même le sol, j'étale devant lui son cahier: lignes de w, lignes de e, lignes de g, lignes de weg. Je tourne la page, autres lignes de e, lignes de v, lignes de a, lignes de weg, lignes d'éva. Il ne réagit pas. Il ne réagit plus. L'autre nuit, pourtant, je me suis allongée contre lui, je l'ai pris dans mes bras, il s'est laissé faire, sans un geste pour me repousser. Je l'ai entendu pleurer dans son sommeil. Weg, l'homme, a pleuré dans mes bras, pas l'homme-chien, pas le chien, l'homme. L'homme a pleuré dans mes bras. J'ai compris alors qu'il ne mourrait pas. 

    (p. 69)

     

     

    Virgules sont brin d'herbe vers le ciel de la phrase et points ponctions du souffle, haltes ouvertes au vent qui l'emporte, jamais fermé le point, jamais, pas de point final qui viendrait achever, parachever, parfaire et abolir le grain des mots semés, suspension plutôt car deux points suivent la fausse clôture d'un seul, deux points toujours suivent, sont offrande et vacuité pour la parole qui vient, dire encore autrement que  point est virgule ramassée sur elle-même ou bien oeuf qui la couve, que point est repos de la tête, petite pose, sur la jambe qu'est la virgule et que phrase avance, avance, marche dans le ciel à ras de terre, marche et dire dire phrase est homme qui marche à la lisière, entre ciel et terre marche, une virgule, une autre, un pas plus un pas marche, avance, trace un chemin vers la montagne au loin qui s'évanouit comme un appel intermittent, appel si proche qui s'éloigne pour revenir. Et (bien sûr et, petite copule qui vient conjoindre - malgré la majuscule initiale qui laisserait entendre la venue d'une phrase nouvelle - l'empreinte laissée autant  que l'empreinte à venir) homme marche encore marche, avance, va d'un pas lent, hale le vieux corps vers les lointains qui se dérobent, ne se retourne pas, laisse place derrière lui à l'étreinte des nuits, terre oui, lourde oui, sous les semelles, terre bientôt ensemencée, floraisons oui, pense-t-il, qui qui finiront bien par porter des fruits vers des mains lasses de tuer.

    (p. 365)

     

    Michaël Glück, ciel déchiré, après la pluie, L'amourier, 2019, 372 pages.

     

     

     

    ciel déchiré, après la pluie

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    ne pas dire jamais je     ...avec Philippe Thireau

     

    ô pas je jamais

    ne pas dire jamais je

    je dire ô pas dire toi ô

    qu'adviendrai-je sans toi moi

    mère éternellement hors ?

     

    charon mascaret

    remonte les temps partis

    ah maudit charon

    godille suave passeur

    en route pas ne me laisse

     

    dans ses yeux vois dans/

    les eaux bleues percent les yeux/

    vois bleu/bleu était

    ce regard emporté loin/

    de moi regard loin bleu est

     

    le ciel disparaît

    les nuages comploteurs

    d'un peintre de nuit

    sitôt venu voile et pluie

    l'enfant se découvre

     

    Philippe Thireau, Je te massacrerai / mon coeur, PhB éditions, 2019, 48 p.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    sans dedans ni dehors     ...avec Michaël Glück

     

    à l'intérieur de

    rien rien encore

    à l'intérieur de ce corps

    cousu fermé rien encore

    à l'intérieur de

    la maison rien encore

    nul hôte

                   nul gîte

    nul n'habite

    la maison n'est pas encore

    corps où danse le feu

     

    ni dedans ni dehors

     

    la maison n'est pas encore

    ni dedans ni dehors

    sans dedans ni dehors

    (p. 245)

     

     

    du berceau à la tombe

     

                                        hier j'ai crié

     

                                                                     aujourd'hui

                                                                     j'écoute crier

    (p. 291)

     

     

    je ne 

    partage pas

    votre faim

    je n'ai 

    pas comme vous désir 

    d'allonger mon ombre

    de l'étendre

    d'accroître 

    son territoire

    rien qu'un homme qui marche

     

    je m'arrêterai un jour

    peu importe lequel

    cela ne m'effraie

    pas

    je me coucherai

    terre à terre

    quelqu'un ramassera peut-être

    mon crayon tombé

    dans la poussière du chemin

    cela me suffit

     

    (p. 335)

     

     

    Michaël Glück, Dans la suite des jours, L'Amourier, Collection Fonds Poésie, 2014, 486 p.

     

     

    dans la poussière du chemin

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    s'étiole l'enfant haut qui vole.    ... avec Philippe Thireau

     

    clic point. clac point. clic clac suis point. mitralna.

    raconte en volant haut. l'âme s'envole raconte.

    s'étiole l'enfant haut qui vole. l'âme planeuse. arrachée.

    HISTOIRE D'EN HAUT À TIRE D'AILES à te raconte

    cette histoire ma belle. dis le garçon du bas en haut dit.

    rappelle l’oiseau planeur. rafale histoire.

    mot à mot léger décalage. à tire d’ailes. mort crachant

    des cailloux en place de mots (mort foutre mort).

    mort craché.

    p. 41

     

    ………………………………………………………

    mon corps ne. ne. pouvait s’élever. ne. trop lourd empli.

    corps pas élevé. de tous ses sucs empli. ses eaux.

    pourtant il ESPERAIT s’ensevelir. en s’élevant il espérait.

    oiseau goya. dans cette matière laiteuse grosse des saisons

    passés et à venir. ensevelir les saisons.

    laiteuses. ce corps. mon corps icelui.

    (tes seins ton lait dans tes seins.) corps que tu aimas caressas.

    abandonné (tas d’os) là.

    p. 44

     

    Philippe Thireau, Melancholia, éditions Tinbad, 2020.

     

     CLIC CLAC L'OISEAU PLANEUR...

     

     

    Aujourd'hui dans ma boite à lettres  un exemplaire

    (une forme?) de  Melancholia de Philippe Thireau.

    J'ai suivi le conseil du préfacier Gilbert Bourson,

    j'ai lu ce texte à haute voix et j'ai été hautement récompensée... 

     


    votre commentaire
  •  

     

    Sur le cadastre de l’intime ...avec Murielle Compère-Demarcy (MCDem.)

     

                                                  Un doigt d’ombre suffit parfois

                                     à faire perdre la main sur la prise du jour

     

    *

     

    Sur le cadastre de l’intime

    ME murmure la petite voix seule

    de l’intérieur

    Ses ailes me décrochent

    me refont cosmos du chant universel

     

    *

                                                  

                                                   L’espoir dans sa chair se recroqueville

                                                   sur l’endormir du moi

                                                   Les murs de l’imaginaire

    ouvrent l’interstice

                                                   le laps de l’infini qui palpite

     

                                                   Aucune complaisance

                                                   juste une lacune

                                                   une fleur éclose dans les décombres

    du rêve

                                                   entre les failles de MOI

    sa coquille fêlée de lapsus

    et l’effondrement du monde

     

    *

     

     

     

     

     

     

     

    Rêve interrompu

     

     

     

     

                                       Cette toile bleu-nuit étendue sur la ville palpitait

                                       de  ses  oiseaux  endormis  dans  les  buissons du

                                       sommeil---

                                                               --- la main  des  songes remuait l’eau

                                       dormante,  allongeait des métaphores éruptives,

                                       sautait à  cloche pied de  tout son corps  dans les

                                       flaques  du  rêve,  des   souvenirs  éclaboussaient

                                       enchevêtrement    d’eau   pure    et   de    boue,  le

    cheminement    nocturne  associait  laps du vécu,

                                       fulgurances,  rêveries intuitives,  pressentiments,

                                       lapsus---

                                       Un  mot  se  leva  dans  la  pièce  abandonnée  au

                                       sommeil,  dressé  comme  un  homme.  Le  soleil

                                       ouvrit  l’œil  d’un  chien,  ferma  ceux  du loup, il

                                       fallait recommencer de vivre---

     

     

                                       Murielle Compère-Demarcy (MCDem.), Poèmes inédits, février 2020.

     

     

    ***

     

    J'ai le plaisir d'accueillir ces texte inédits

    de Murielle Compère-Demarcy, auteur de plusieurs livres

    dont "Alchimiste du soleil pulvérisé" à ne pas manquer.

     

    Sur le cadastre de l’intime. Inédits de MCDem.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique