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    "étirer ma phrase" ...avec Esther Tellermann,

    ma prochaine invitée à la soirée "La poésie à gorge déployée" à A.L.I.-Lyon,60 rue des Rancy 

     

               elle est la phrase d'un commencement, ses lignes pures sont retenues par une fine poussière d'argent laissant deviner la pointe des seins, elle serait les senteurs des jours de pluie, la réminiscence d'une scène lointaine, un monde oublié des sureaux. Certains aromates ont cette influence délicieuse, comme ses joues passant du rose à l'incarnat avant qu'on les mouille de nos baisers, elle se fait soudain plus nerveuse, elle halète, son odeur la transforme en une brise éparse...

                  Parfois ses paupières se soulevaient, elle appuyait la fièvre de son regard à l'orage que je sentais naître, peut-être je voyais en elle des lacs incrustés de cuivre et de verts, des paysages d'aubépines et d'eucalyptus ou bien des orients cramoisis, des huiles saintes? 

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                   Peut-être je voulais simplement étirer ma phrase vers vous, parer à notre insuffisance, ou bien trouver une langue neuve qui trouverait d'autres usages. Tant de plaidoyers, de sermons, de dogmes l'avaient assourdie, brouillant les contradictions sous des oracles, des prédications, des promesses de destins meilleurs. 

                    Au fond, nous n'avions cessé d'inventer des rhétoriques affectées enveloppant notre détresse.

                           C'est vrai, chaque moment de l'Histoire voulait approcher la fin de l'univers, 

                          la plaine est gorgée de sang (...)

    ................................................................................................

                         N'est-ce pas une coïncidence saisissante cette terre qui meurt et l'invention de poèmes allégoriques magnifiant les carnages? 

     

     

    Esther Tellermann, Première version du monde, éditions Unes, 2018, p. 87-88.

     

     

     https://www.editionsunes.fr/catalogue/esther-tellermann/premi%C3%A8re-version-du-monde/

     

     


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    les pas qui tracent des frontières ...avec Michel Cosem

     

    Qui donc habite ces épaisses toisons fauves?

    Quels miroirs? Quelle dame noire s'y promène encore?

    Que peut-on précisément offrir à la peur et au rêve 

    lorsque la montagne se met en boule pour avoir 

    moins froid et vaincre la solitude.

    Que disent les murmures des torrents  les susurrements 

    des pentes où s'accrochent des arbres durs comme 

    des pierres les pas qui tracent des frontières 

    et se fondent sur l'autre versant.

     

     

    Michel Cosem, écho de braise et de cigale, l'Harmattan, 2018, p. 82

     

     

    écho de braise et de cigale

     

     

     

     

     

     

     


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    Sous le pinceau, le courant  ... avec Marie Alloy

     

     

    Je peins dans une trouée du temps. La couleur glisse sur des branches. Elles font des angles bistre au-dessus de l'eau verte; elles tordent  des reflets, en font des jupes à arceaux et des cordes pour la pensée, se laissent bercer par par un filet de vagues, un friselis, un lavis sous les saules. L'horizon est d'eau. Sous le pinceau, le courant.  

     

    Se peint aussi l'eau morte sous la flamme et la fin du temps. Se peint la glaise du silence et l'urgent besoin du chant.

    (p.30)

     

    .......

     

          Rêve. Dans une barque, nous sommes allongés, côte à côte et fermons les yeux. Nous sommes immobiles, les nuages se déplacent lentement dans le ciel. Du vent se dépose sur nous, plus nus sous la lumière, presque transparents. Un grand frisson nous parcourt, nous sommes ouvert. L'air s'engouffre dans nos corps. Nous arrivons à la cime du ciel. Des oiseaux chantent leur jouissance libre dans une concert de oui, et rient de nous, couchés dans cette barque brillante et céleste. La lumière irrigue nos coeurs en une étreinte qui luit comme une larme. Une telle clarté est une gloire. Nous glissons dans une douceur laiteuse.

     

     

    Marie Alloy, L'empreinte du visible, Al Manar, 2017, p. 119.

     

     

    L'empreinte du visible

     

     

     

     

     


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    contre le ciel ... avec Esther Tellermann

     

    J'étais allée

    contre le ciel

    je voulais que 

    tu me nommes

    au lieu de

    ta poussière

    plus

    au lieu d'une

    implosion

    d'une enfance

    parmi les sols

    d'abandon

    les chaos des routes

    humides

    les mousses

    un peu de peau

    repliée.

     

    Esther Tellermann, Sous votre nom, Flammarion, 2015, p. 36. 

     

     

    Sous votre nom

     

     

     


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    dans le vertige effrayant et calme ...avec Matthieu Messagier

     

     

    Les chiens dorment dans mon vide

    j'étreins leur inconstance

    et soumets mon vertige sorti du sommeil

    aux soupirs

    ronflements 

    grognements

    qu'ils laissent échapper à l'avidité

    de l'après-midi caniculaire

    qu'ils laissent échapper

    aux riens pleins

    qui nous restent

    aux  chiens et moi

    dans le vertige de l'après-midi caniculaire

    dans le vertige effrayant et calme

    de l'après-midi

    entre celle de hier 

    et celle de demain

     

    Matthieu Messagier, Poèmes sans tain: autres sauvageries, poems,

    Flammarion,  2010, p. 233.

     

     

    les routes coupées

     

     

     


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    Sur le fleuve ...avec Silvia Baron Supervielle

     

     

    demain tourne et retourne

    à cette station du présent

    sans rêves et sans prières

    où le paysage proche innommé

    raccorde l'attente à l'aube

    la lumière au jour qui s'en va

    entre des gares sans arrêts

    on ne peut pas ouvrir la porte

    ni freiner l'allure ni sauter

    rien ne conduit le temps

    qui ne change pas de voie

    jusqu'à ce que le vide

    rouille le rail

     

     

     

    Silvia Baron Supervielle, Sur le fleuve, Arfuyen, 2013, p. 83. 

    Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2012.

     

     

     

    ...ni freiner l'allure ni sauter

     

     

     


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    ...qui dans un souffle ...avec Isabelle Lévesque

     

     

    Souffle, souffle sur moi et tu apparaîtras. Qui es-tu,

    mon inconnu? Qui es-tu, venu troubler l'eau claire d'un

    tourbillon? Qui es-tu, fraîcheur nouvelle emportée? Qui

    est cet homme, mien-léger, qui dans un souffle a effacé le

    vide? 

     

    Peau vivante et nue, laisse les fleurs. Rien n'a plus

    cours et le passé vide son fardeau.

     

     

    Isabelle Lévesque, Ravin des Nuits que tout bouscule , Les écrits du nord, Editions Henry, 2014,  p.  23.

     

     

     

    Ravin des Nuits...

     

     

     

     

     


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