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    De Moldova orientale, lieu de ma naissance, jusqu’à Sète, le chemin est celui d’un funambule qui cherche l’équilibre dans les lignes de Paul Valéry. Le fil sur lequel je titube n’indique pas le trajet vers Sète en partant de Montpellier où je vis, je travaille et j’écris depuis 2020 en passant par Lyon et Paris, ville qui m’a accueillie à partir de 14 janvier 2000. À Paris j’ai reçu l’acte de ma naturalisation française.

    J’écris en français par amour de cette langue et fantasmatiquement j'en ai fait ma langue d'écriture par peur que si je revenais à mon roumain d’origine appris et pratiqué en Moldova orientale sous régime soviétique, le cyrillique s’imposerait à nouveau face à l’alphabet latin et je me retrouverais écartelée, encore.

    Cette année 2022, le Festival international de poésie Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée m’invite sous les bannières de la Roumanie / Moldavie orientale, à côté d’Ana Blandiana, poète née en Roumanie, de l’autre côté de la rivière Prutul, du coté Ouest, là où mon rêve de Patrie réunifiée s’ouvre au monde occidental.

     

    En Moldova orientale, celle des Roumains sans Patrie, il m’est arrivé de lire les poèmes d'Ana Blandiana jusqu’à briser ma voix si jeune, si étrangère de par mon accent dû au bilinguisme roumain/russe.

    La poésie naît sur des voies clandestines et les poèmes orthographiés dans l’alphabet roumain arrivaient tout de même à nous, exilés sur nos propres terres car annexées par la Russie impériale.

     

    En France, je relis Ana Blandiana en édition bilingue, goûtez à cette version française :

     

    Ne me laisse pas

    Tomber dans le futur,

    M’effilocher dans le temps qui viendra,

    Comme un oiseau

    Enseveli à l’horizon lointain

    Dans la tombe du ciel.

    Sois pour moi l’ancre

    Dans l’argile

    Capable de me retenir à l’herbe

    Du présent,

    Un présent devenu passé,

    Sois pour moi l’ancre

    Et demande…

     

    Ana Blandiana, Ma Patrie A4, traduit du roumain par Muriel Jollis-Dimitriu, Black Herald Press, 2018, p. 103.

     

     Nous serons réunies lors d'une séquence commune dans le cadre du Festival Voix Vives : 

     

    Mercredi 27 juillet 2022  :

     

    11H-12H RUE VILLARET-JOYEUSE (CÔTÉ RUE DES TROIS JOURNÉES). PLAN 14 SOUS UN MÊME CIEL LECTURE/DÉBAT Poètes d’un même pays ou d’une même région de la Méditerranée. Ana Blandiana (Roumanie) Luminitza C. Tigirlas (Roumanie/Moldavie orientale) PRÉSENTATION : PATRICIO SANCHEZ

     

     

    Voir le programme complet du Festival de poésie: 

    https://www.sete.voixvivesmediterranee.com/Publications/Programmes_festival/

     

    Les extraits de toutes mes présences à Sète: 

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com/luminitza-c-tigirlas-poete-invitee-a-sete-2022-a212848639

     

    Je hâte d'y être.

    Avec Ana Blandiana à Sète

     


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    au dessus de la forêt il y a la lune ronde
    maman s’est enfermée dans la forêt
    maman arrive près du pont puis elle est sur des chemins
    maman est en silence
    maman apparaîtra
    j’ai tout le temps sous les arbres
    le soir j’ai prié pour maman
    ö lune de la lumière
    le bras de peau de maman dans le rêve
    j’attends maman pour être ensemble
    maman perdra ma voix qui l’appelle
    maman me fait souffrir
    je ferme très fort les yeux les poings je ne crois pas que j’ai peur mais maman ne veux plus être là
    je regarde la neige qui ne sait pas mon nom
    maman me laisse écrire
    je dors sur ma joue
    quand j’ai ouvert la fenêtre l’arbre me ressemble
    maman a fait un rêve jusqu’à moi
    la neige est blanche

      Eric Sautou

     


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    Trois questions à la sanpatri

     

    et la patrimoëlle alors

    tu en feras quoi?

    ton cinéma tourne en rond

    un patrimêle moëlleux

    de patrimots?

    qui s'en mêle?

    Sylvie Durbec, ça, qui me poursuit,

    éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2020, p. 59.

     

    ça, qui me poursuit

     

    ça, qui me poursuit

     

    Images de la rencontre avec la poète Sylvie Durbec

    lors de mon séminaire "Inconscient&réverbérations poétiques",

    séance du 16 avril 2022 au Petit Théâtre du Gazette-Café,  6 rue Levat Montpellier.

     


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    L'inoubliable bruit du temps ...  avec Ossip Mandelstam

     

    Mon âme meurtrie, dans l’impuissance devant la folie belliqueuse de Poutine qui attaque pour soumettre l’Ukraine à sa jouissance dictatoriale,

    je lis Ossip Mandelstam, poète proscris, accusé de « ne pas avoir fait corps avec la révolution ».

    Le tyran Staline de ses poèmes est reconnaissable dans le Poutine de nos cauchemars:

     

    Printemps froid. La sans pain, la craintive Crimée,

    Comme sous Wrangel – et pareillement coupable.

    Chiens bergers sur le sol. Loques rapiécées.

    Et la même morsure de fumée acide.

     

    Mais beaux comme toujours les lointains, comme absents,

    les arbres, leurs bourgeons sur le point d’éclater,

    sont comme des intrus, et fait pitié à voir,

    l’amandier qu’embellit la bêtise pascale.

     

    La nature ne reconnaît pas son visage

    et terribles sont les ombres de Kouban, d’Ukraine…

    Des paysans faméliques, sur le sol de feutre,

    gardent la porte, ne touchent pas à la clé.

    Ossip Mandelstam, mai 1933, Stary Krym

     

    La même année 1933, en novembre, le poète interdit par le régime stalinien, écrit :

     

    Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,

    à dix pas ne sont plus audibles nos paroles,

    mais là où la parole à demi-mot suffit

    c’est lui, le montagnard du Kremlin, qu’on évoque.

    Ses doigts épais sont gras comme des vers de terre,

    ses mots, infaillibles comme des poids d’un poud.

    Parmi ses moustaches ricanent des cafards

    et les tiges de ses bottes sont des miroirs.

     

    L’entoure une racaille de chefs au cou frêle,

    sous-hommes dont il use comme de jouets.

    Un qui siffle, un autre qui miaule, un qui pleurniche,

    lui seul s’amuse en père fouettard et tutoie.

    Il forge, comme fer à cheval, ses oukases –

    frappe, qui à l’aine, qui au front, qui à l’œil.

    Toute mise à mort est pour lui délectation

    et fait se dilater sa poitrine d’Ossète.

     

    (Ossip Mandelstam, Œuvres poétiques, Le bruit du temps, 2018, p. 427 et p. 439)


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    Je vous invite à lire sur le site de l'A.L.I. notre entretien avec le poète James Sacré à propos de son rapport à l’écriture. Ce texte est issu de la Séance du 25 novembre 2021 du Séminaire « CRÉATION & PSYCHANALYSE : RÉVERBERATIONS. La poésie à gorge déployée » qui a  lieu à Montpellier. 

     

    Luminitza C. Tigirlas en dialogue avec James Sacré


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     version Christine Durif-Bruckert

     

    Pause gravide

    au centre d'une tragédie qui ne peut s'éteindre. 

     

    La peinture atteint son plus profond dépouillement.

     

    J'entends les morts

    leur chuchotement.

    Ils reviennent

    ils annoncent la vie. 

    Retour de ce que 

    nous pensions de ne pas avoir vu

    pourtant déjà inscrit dans le tournoiement de l'oeil. 

     

    Je me suis mise à l'écoute des râles et de soupirs

    de l'obscurité

    (p. 61)

     

    Je suis prisonnière

    je me débats pour finir mon récit 

    quelque chose s'obstine sous les mots 

    se réverbère derrière l'oeil

    tourne  autour. 

    J'écoute l'image

    me raconter ce que je vois

    et respire.

    Les nuages ont blanchi

    comment s'arracher à l'infini

    lorsqu'il touche les ténèbres de si près? 

    Ces choses-là s'écrivent avec la chair et le sang. 

    (pp. 76-77)

     

    Christine Durif-Bruckert, L'origine d'un monde, éditions  Invenit, 2021.

     

     


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    Bonjour à toutes et à tous,


    Je vous convie très chaleureusement à une nouvelle séance publique de mon Séminaire "Création&Psychanalyse: réverbérations--La poésie à gorge déployée",

    une rencontre-entretien avec le poète James Sacré.

    Cet événement proposé dans le cadre des enseignements de l'A.L.I.-Languedoc-Roussillon  aura lieu

    le jeudi 25 novembre 2021 à 19h30

    dans la salle de l'Association VIA Voltaire, au 1 rue Voltaire, 34000 Montpellier.

    Entrée libre avec inscription préalable.

     

     


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