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     Batailles d'enfants      ...avec Roger Dextre

     

    (extraits)

    La nuit on entend la pagaille des ruisseaux ,

    ou un seul bruissement: feuilles,

    ramures les unes contre les autres, rivière, vent,

    souffle du vent, parois des murs, nuages, on

    entend la nuit seule,

    abreuvant d'ombre ce qui vient, 

    alors le matin les mots sont

    là ou pas —

    Batailles d'enfants, —

    ou ne sont pas là,

    ou se sont réveillés, seuls,

    avant

    dans la nuit

    dont les délivre le jour,

    seuls ici encore dans la nuit

    dont les délivre le jour.

     

     

    Roger Dextre, Entendements et autres poèmes, La rumeur libre éditions, 2012, p. 48-49.

     

     

    Autre saison

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Abandonner ce qui abandonne    ...avec Pascal Quignard

     

    ... dans les  Larmes de Saint Pierre de Malherbe, la langue a  abandonné la parole nocturne. Si la honte naît avec ce crépuscule de la nuit qu'est toute aube, alors c'est le silence qui vient avec le jour:

     

           Le jour est desja grand et la honte plus claire

    De l'apostre ennuyé l'avertit de se taire.

    Sa parole se lasse et le quitte au besoin.

    Il voitde tous costez qu'il n'est veu de personne.

    Toutefois le remors que son ame luy donne

    Tesmoigne assez le mal qui n'a point de témoin.

     

         Abandonner ce qui abandonne. Abandonner ceux qui abandonnent.

     

    La honte pudique, la honte crépusculaire dans la souffrance de l'amour, la honte qui précède l'étreinte  dans la nuit, la honte qui préfère l'ombre et le remords, les reliques, les chants, les larmes, l'étoffe de crêpe, le voile, la couleur noire -- on nommait autrefois ce mouvement de deuil. le mot français de deuil vient du latin douleur. Le dolor latin vient d'être battu.

     

     

     

    Pascal Quignard "La haine de la musique", Gallimard, 2012, p.97-98.

     

     

     

     

     


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    ... avec Jean Pierre Vidal / son livre  dans ma bibliothèque

     

    Nudités heureuses, accordées au monde dans une nécessité qui est joie.

    Diversité infinie des formes de la Vie

    minérale végétale animale humaine

    cosmique

    où je me trouve relié par nature sous le ciel dans

    l'air et devant l'océan.

     

    Les choses sont simples

    le ciel les nuages

    la forêt sans limites

    le sable le soleil

    et les corps nus infimes provisoires nécessaires

     

    C'est comme si je n'existais plus

    ma vie est calme réduite au souffle

    la parole se fait rare heureuse

    il n'y a plus de guerre entre le monde et moi

    une bienveillante indifférence

    m'accueille et me donne forme

    l'angoisse se dissout dans le vaste

    qui m'enclot sans m'étouffer. 

     

     

    Jean Pierre Vidal, "Exercice de l'adieu", éditions Le Silence qui roule, 2018, p. 21-22.

    (Fragment publié avec l'aimable permission de l'auteur.)

     

     

     

     

     

     

     


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    ...rochers crucifiés ... avec Stéphane Barsacq

     

    Ce choc l'autre soir, en écoutant de la musique pour la première fois depuis si longtemps : corps déchiré, dilaté, flottant, cette tension de tout l'être, ramassé dans chaque nerf. Les sens en éveil. Un à un, remis. Voilà, ce corps m'appartenait enfin, ne m'appartenait plus. Quelque chose m'avait saisi et dépassé dans la joie: je ne m'appartenais plus autrement qu'en esprit. 

     

    La joie ? Sans cause extérieure à elle-même, un point étendu, ouvert à l'altérité. Voir les choses, en recevoir la leçon, n'en tirer aucune leçon, participer. Être. Être la mer. Être les rochers. Être l'horizon. Être au nom du ciel. Devenir le ciel, la mer et les rochers crucifiés. 

     

     

    Stéphane Barsacq, Mystica, Revue NUNC /éditions de Corlevour, 2018, p. 88.

    (Fragment publié avec l'aimable permission de l'auteur.)

     

     

     

     


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    la solitude d’un poème   ...avec François Coudray


    l’enfance n’est pas un refuge

     

    mais elle desserre la corde étranglée du soir sur la ville

     

    avec la nuit les mots      à force d’essayer tissages incertains béances abandons

     

    dénouent le chant

     

    l’air sur la peau descend de la montagne

     

    le dos contre la pierre la nuit

     

    la ville

     

    respirent

     

    la lumière tremblante des phares

     

    la solitude d’un poème

     

    François Coudray, l'enfant de la falaise, L'Harmattan, 2018, p.31.

     

     

     

     

     


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    je me lève ébouriffée     ... avec Anna Jouy

     

    je me lève ébouriffée


    l’araignée de mes mains tisse la bonne aventure


    c’est un pas en équilibre sur un fil chagrin


    par poignées les herbes de la tête tombent

     
    flic flac la faux

     
    j’aurai l’air d’une planète dans une bulle de neige


    quelque part autour des griffons et des anges


    connaissent la moisson


    ils labourent et sèment la nouvelle saison


    je serai sous le signe des jachères


    une terre en cortège


    les sillons fendus, la mer par-dessus.

     

     

    Anna Jouy, 13 février 2018, dans 

    Journal poétique / www.jouyanna.ch

     

    Tous droits réservés © Anna Jouy 2015

     

     

     

     

     

     


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    La Pierre Amour       ...avec Xavier Bordes

     

    Sur l'étendue la solitude hâte ses caravanes

     

    Au loin dans l'air tremblant de l'avenir

    Miroite le puissant pressentiment de l'eau

    L'oasis avec sa noria où tourne un vieil âne

                à n'en plus finir

     

    Aveugle comme toi dans ce monde profane 

    Il verse infatigable et lent la fraicheur à pleins seaux

             Sans un pleur et sans un soupir

     

    A  chaque pas quand il balance le museau

           Sa tête bourdonnante s'auréole

    - Grâce au soleil qu'il ne voit point - d'un soleil de paroles

     

          Il trottine dans le noir sans attendre de récompense 

                           Sans plus savoir même s'il pense;

         L'axe de bois rythmé grince comme un oiseau...

     

     

    Xavier Bordes, "Portrait du poète en âne",

    in La Pierre Amour, Gallimard, 2015, p. 173.

     

    ©Éditions Gallimard

    « Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés.

    Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre

    que la consultation individuelle et privée est interdite ». 

     

     

     

     

     

     

     


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