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    Sur le fleuve ...avec Silvia Baron Supervielle

     

     

    demain tourne et retourne

    à cette station du présent

    sans rêves et sans prières

    où le paysage proche innommé

    raccorde l'attente à l'aube

    la lumière au jour qui s'en va

    entre des gares sans arrêts

    on ne peut pas ouvrir la porte

    ni freiner l'allure ni sauter

    rien ne conduit le temps

    qui ne change pas de voie

    jusqu'à ce que le vide

    rouille le rail

     

     

     

    Silvia Baron Supervielle, Sur le fleuve, Arfuyen, 2013, p. 83. 

    Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2012.

     

     

     

    ...ni freiner l'allure ni sauter

     

     

     


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    ...qui dans un souffle ...avec Isabelle Lévesque

     

     

    Souffle, souffle sur moi et tu apparaîtras. Qui es-tu,

    mon inconnu? Qui es-tu, venu troubler l'eau claire d'un

    tourbillon? Qui es-tu, fraîcheur nouvelle emportée? Qui

    est cet homme, mien-léger, qui dans un souffle a effacé le

    vide? 

     

    Peau vivante et nue, laisse les fleurs. Rien n'a plus

    cours et le passé vide son fardeau.

     

     

    Isabelle Lévesque, Ravin des Nuits que tout bouscule , Les écrits du nord, Editions Henry, 2014,  p.  23.

     

     

     

    Ravin des Nuits...

     

     

     

     

     


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     Batailles d'enfants      ...avec Roger Dextre

     

    (extraits)

    La nuit on entend la pagaille des ruisseaux ,

    ou un seul bruissement: feuilles,

    ramures les unes contre les autres, rivière, vent,

    souffle du vent, parois des murs, nuages, on

    entend la nuit seule,

    abreuvant d'ombre ce qui vient, 

    alors le matin les mots sont

    là ou pas —

    Batailles d'enfants, —

    ou ne sont pas là,

    ou se sont réveillés, seuls,

    avant

    dans la nuit

    dont les délivre le jour,

    seuls ici encore dans la nuit

    dont les délivre le jour.

     

     

    Roger Dextre, Entendements et autres poèmes, La rumeur libre éditions, 2012, p. 48-49.

     

     

    Autre saison

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Abandonner ce qui abandonne    ...avec Pascal Quignard

     

    ... dans les  Larmes de Saint Pierre de Malherbe, la langue a  abandonné la parole nocturne. Si la honte naît avec ce crépuscule de la nuit qu'est toute aube, alors c'est le silence qui vient avec le jour:

     

           Le jour est desja grand et la honte plus claire

    De l'apostre ennuyé l'avertit de se taire.

    Sa parole se lasse et le quitte au besoin.

    Il voitde tous costez qu'il n'est veu de personne.

    Toutefois le remors que son ame luy donne

    Tesmoigne assez le mal qui n'a point de témoin.

     

         Abandonner ce qui abandonne. Abandonner ceux qui abandonnent.

     

    La honte pudique, la honte crépusculaire dans la souffrance de l'amour, la honte qui précède l'étreinte  dans la nuit, la honte qui préfère l'ombre et le remords, les reliques, les chants, les larmes, l'étoffe de crêpe, le voile, la couleur noire -- on nommait autrefois ce mouvement de deuil. le mot français de deuil vient du latin douleur. Le dolor latin vient d'être battu.

     

     

     

    Pascal Quignard "La haine de la musique", Gallimard, 2012, p.97-98.

     

     

     

     

     


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    ... avec Jean Pierre Vidal / son livre  dans ma bibliothèque

     

    Nudités heureuses, accordées au monde dans une nécessité qui est joie.

    Diversité infinie des formes de la Vie

    minérale végétale animale humaine

    cosmique

    où je me trouve relié par nature sous le ciel dans

    l'air et devant l'océan.

     

    Les choses sont simples

    le ciel les nuages

    la forêt sans limites

    le sable le soleil

    et les corps nus infimes provisoires nécessaires

     

    C'est comme si je n'existais plus

    ma vie est calme réduite au souffle

    la parole se fait rare heureuse

    il n'y a plus de guerre entre le monde et moi

    une bienveillante indifférence

    m'accueille et me donne forme

    l'angoisse se dissout dans le vaste

    qui m'enclot sans m'étouffer. 

     

     

    Jean Pierre Vidal, "Exercice de l'adieu", éditions Le Silence qui roule, 2018, p. 21-22.

    (Fragment publié avec l'aimable permission de l'auteur.)

     

     

     

     

     

     

     


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    ...rochers crucifiés ... avec Stéphane Barsacq

     

    Ce choc l'autre soir, en écoutant de la musique pour la première fois depuis si longtemps : corps déchiré, dilaté, flottant, cette tension de tout l'être, ramassé dans chaque nerf. Les sens en éveil. Un à un, remis. Voilà, ce corps m'appartenait enfin, ne m'appartenait plus. Quelque chose m'avait saisi et dépassé dans la joie: je ne m'appartenais plus autrement qu'en esprit. 

     

    La joie ? Sans cause extérieure à elle-même, un point étendu, ouvert à l'altérité. Voir les choses, en recevoir la leçon, n'en tirer aucune leçon, participer. Être. Être la mer. Être les rochers. Être l'horizon. Être au nom du ciel. Devenir le ciel, la mer et les rochers crucifiés. 

     

     

    Stéphane Barsacq, Mystica, Revue NUNC /éditions de Corlevour, 2018, p. 88.

    (Fragment publié avec l'aimable permission de l'auteur.)

     

     

     

     


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    la solitude d’un poème   ...avec François Coudray


    l’enfance n’est pas un refuge

     

    mais elle desserre la corde étranglée du soir sur la ville

     

    avec la nuit les mots      à force d’essayer tissages incertains béances abandons

     

    dénouent le chant

     

    l’air sur la peau descend de la montagne

     

    le dos contre la pierre la nuit

     

    la ville

     

    respirent

     

    la lumière tremblante des phares

     

    la solitude d’un poème

     

    François Coudray, l'enfant de la falaise, L'Harmattan, 2018, p.31.

     

     

     

     

     


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