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    pour Esther Tellermann 

     

    La troisième fois sera le jour d’Esther

    Jour du myrte avec ses vers en étoile,

    ses voyages dans les lettres, ses virages

    par la voix à l’essence allant

     

    Esther est fille de l’hirondelle. Avec son livre

    cachée dans le nom.

    Ses ailes de-trembleront le monde —

    par le geste affamé d’une parole

     

    D’un mutisme ancien, la matière des mots frémit

    Dans les interstices

    quelqu’un chancelle à sanglots.

    À l’aiguillage dans le poème d’Esther, le silence

    grossit, il prend corps, il éclate

    Le souffle s’anime —

    un filon transparaît comme parole mortifuge

     

    La troisième fois     le jour naîtra d’Esther

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, Jour d’Esther et de myrte, 

    in Autres poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2021. © Tous droits réservés ) 

     

     

     


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     Tentative de haïku     ...pour Georges SEVE,

    qui nous réunit généreusement au Qi Gong Bambou sur le Domaine de Méric à Montpellier.

    Lorsque je l'appelle Maître, l'homme sème sa poésie :  "milliMaître ça suffit..."

     

     

     

    Nu, l’érable dans la lueur du Lez

    Sur la rive

    le maître SEVE

    étire le sens du mouvement

    Je lève le bambou –

    une aile élance mon bras

     

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, Lueur du Lez, 

    in Autres poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2020. © Tous droits réservés ) 

     

     

     

     

     


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    à Gherasim Luca 

     

     

    Sa lettre hèle mon vitré fugueur

    Au fol jardin son corps est murmuré

    aux heures des fluides

    où l’espoir me trompe avec l’averse

    Les flots étirent le pli jusqu’au sol

    L’encre fuit

    L’épître s’imbibe aux notes camphrées

    par mon Bois de Hô     

    L’arbre est détenu dans le nom camphrier

    Alors il se traduit par Levée d’écrou

    Dans la cellule libérée     

    j’attends le corps flottant qu’il se console

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, Le corps flottant dans mon oeil gauche, 

    in Autres poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2020. © Tous droits réservés ) 

     

     

    La Lettre D

     

     

     

     

     

     

    Si j’ai eu le privilège de choisir entre les deux dernières lettres qui restaient à Doïna VIERU, artiste-peintre dans le désordre de son « Action poétique urbaine » à Paris, c’est parce que je suis sa mère et, entre les deux confinements, elle a pu descendre chez moi, à Montpellier. Par chance, l’une était celle qui me faisais frissonner le plus, car les 23 lettres à un inconnu font aussi partie de mon essai inédit LUCAPHONIE, dédié à l’œuvre-vie de Gherasim Luca, et dont un fragment publié en 2019 en revue traite minutieusement de cette prose poétique épistolaire Levée d'Écrou, née en 1954 et parue comme publication posthume en 2003 chez José Corti.

     L'extrait de mon manuscrit:

    Gherasim Luca-son double, son dé-z’écroué

     

    La Lettre D

     

    "8 novembre 19..

    Monsieur,

     

    Il nous est permis de croire dans le présent d’autant plus résolument que nous nous insérons mieux dans l’absent. Mais pour entretenir le fol jardin de mon espoir, il me faut d’abord – et je l’aurai, soyez en persuadé – la fleur de votre peau.

    Délicatement."

    Gherasim Luca, Levée d'Écrou, éditions José Corti, p. 9.

     

    À la page 57 de ce livre on trouve le fac-similé de la lettre du 8 novembre 19… :

     

    La Lettre D

     

     

     

    La lettre de Gherasim Luca transcrite par l'artiste-peintre Doïna VIERU, accrochée dans mon jardinet comme Action Poétique Urbaine,  a attirée mon regard de fin juillet à novembre 2020.

    Chaque jour, j'ai envoyé à Doïna les images de sa métamorphose, de ce que les pluies, les vents, le temps faisaient à ce corps en encre et papier dans sa chute du mur sur la terre sous mon Bois de Hô, l'Arbre de  la Vie après Hiroshima, que l'on nomme communément Camphrier...

    D'où mon poème d'aujourd'hui

     

    ...à son tour Doïna VIERU a fait des dessins

    et le scénario de leur préhistoire, 

    c'est notre 

    CréAction  dixit Gherasim Luca.

     

    https://doinadoina2000.wixsite.com/23lettres  

     


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    La transparence est en perdition

    Plus rien que la fêlure

    ses parois déchirées au plus près

    de ma bouche / éteinte la première

     

    Même pas l’aiguille d’un son

    Ni le bec du héron qui marie l’eau

    au limon / qui l’a prend / polygame 

    La touffeur roussit la rive

     

     

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, La transparence est en perdition, 

    dans  Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2019.

    © Tous droits réservés ) 

     

     

     

     

    Datura ou Rose?

     

    Chez moi - Datura en rose. Photo de Luminitza C. Tigirlas

     

     


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    L’aube s’est déchirée des célestes

    Ma gorge s’est blessée

    d’être le cri   le visage   la fissure

    de ce jour à présages

     

    J’ai su qu’il y aura danse

    autour de la touffe de livèche :

    que les fourmis tourneront

    plusieurs fois la feuille

    avant que la reine n’ovule

    à même les trous dans le vert

     

    L’aube a ouvert la terre

    et j’ai vu pondre la faim

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, L’aube s’est déchirée ,

    dans  Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2019.

    © Tous droits réservés ) 

     

     

    Luminitza C. Tigirlas le 19 juillet 2019 devant "mon château" à Saint-Priest

     

     

     

    Luminitza C. Tigirlas le 19 juillet 2019: devant "mon château" à Saint-Priest (Lyon)

     

     

     

     


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    J’ai pris le gant oublié dans la volière

     

    Il garde les traces de tes doigts

     

    qui m’ont enserrée de l’intérieur

     

     

    Le velours est encore fatigué

     

    Sa volupté travaille

     

    à la délivrance de mon corps

     

    Moi l’oiseau de tes mots en soie

     

    Avec ton gant j’ai quitté la volière

     

     

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, La volière ,

    dans  Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2019.

    © Tous droits réservés ) 

     


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    LUCAPHONIE est le jeu d’un enfant

    à qui on a dit de crier taire

    Au réveil il se lève de mon lit

    s’étire vers où hier le ciel

    plongeait ô ! Son oreille cherche

    les balles perdues

    parmi les voix de Gherasim Luca

    L’une est dans sa poitrine

     

    À une heure précise l’enfant exécute

    les airs de ses parents

    au silensophone

    C’est aussi l’heure à laquelle passe

    le Satori express avec Zéno Bianu

    au gouvernail

    Il ne freine pas pour l’enfant

    qui seul joue en LUCAPHONIE

    (©Luminitza C. Tigirlas, LUCAPHONIE,

    dans  Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2019.

    ©Tous droits réservés ) 

     

     


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