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    Agencement du désert ... avec Carole Mesrobian

     

     

    Le tissu d'émeraude de feuilles qui balaient

    la lumière salvatrice ouvre un espace oublié.

    C'est de là qu'est venu écrire, dans la pulpe

    végétale de l'enfance. Là autrefois il y avait

    un homme grand comme un arbre. Il souriait

    avec ses yeux. J'ai été sauvée là. J'ai imaginé là

    dans la puissance incantatoire de la nature.

    C'est Breughel et Naples réunis, c'est L'Homme

    blessé à Paris, la Pietà sous le drapé

    qui offre au Christ la soie des larmes.

     

    L'Homme de l'enfance ne parlait pas...

    (p. 16)

     

     

    ...j'étais le vent augural et la tornade des déserts, 

    je crois. J'ai su qu'on peut être la multitude et l'unique,

    le tremblement et le funambule, la montagne 

    comme le roc.

    Peu m'importait les briques édifiées autour du corps,

    j'habitais un château magistral et cosmique que rien

    ne peut anéantir parce qu'il est le néant qui déborde 

    de lui-même.

    (p. 35)

     

     

    J'écris, j'ai écris

     

    Je suis une femme ailleurs

    là où n'existent plus les femmes

    ni les hommes

    Tout juste des paillettes

    ce qui pétille

    ce qui crépite

    hors tout feu 

    (p. 117)

     

     

    Carole Mesrobian, Agencement du désert , z4 éditions, 2020, Illustration de couverture: Davide Napoli. 

    Le livre est paru avec une préface de Tristan Felix dans la belle collection "La diagonale de l'écrivain", dirigée chez z4 éditions par l'écrivain Philippe Thireau.

     

     

     

     


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    Didier AYRES , dans la revue "Le capital des mots",

    me fait l'honneur et le plaisir  de se pencher

    en toute subtilité sur Le Pli des leurres 

    et de saisir "l'oscillation entre plusieurs identités"

    d'Oète ou Odette, qui, elle, est bien la narratrice à voix multiples

    de mon livre de fiction, paru chez z4 éditions :

     

    Didier AYRES lit "Le Pli des leurres" 

     

     

     


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  • weg

       

     

     

    /weg ne peut pas pousser les mots du dedans vers le dehors/    ...avec Michaël Glück

     

     

    Je dis weg pour voir ce nom par lequel il s'est désigné à moi; weg pour voir ou pour me voir, dans ses yeux me voir, quand je prononce son nom. Si je veux me voir dans ses yeux il faut que je tienne sa tête entre mes mains, son visage face au mien. Je fais cela quand je soigne sa tempe.

     

    Parfois je vais sous la table avec lui, malgré la puanteur, fétidité excrémentielle. J'essaie de me convaincre, que je m'habitue à la puanteur. à même le sol, j'étale devant lui son cahier: lignes de w, lignes de e, lignes de g, lignes de weg. Je tourne la page, autres lignes de e, lignes de v, lignes de a, lignes de weg, lignes d'éva. Il ne réagit pas. Il ne réagit plus. L'autre nuit, pourtant, je me suis allongée contre lui, je l'ai pris dans mes bras, il s'est laissé faire, sans un geste pour me repousser. Je l'ai entendu pleurer dans son sommeil. Weg, l'homme, a pleuré dans mes bras, pas l'homme-chien, pas le chien, l'homme. L'homme a pleuré dans mes bras. J'ai compris alors qu'il ne mourrait pas. 

    (p. 69)

     

     

    Virgules sont brin d'herbe vers le ciel de la phrase et points ponctions du souffle, haltes ouvertes au vent qui l'emporte, jamais fermé le point, jamais, pas de point final qui viendrait achever, parachever, parfaire et abolir le grain des mots semés, suspension plutôt car deux points suivent la fausse clôture d'un seul, deux points toujours suivent, sont offrande et vacuité pour la parole qui vient, dire encore autrement que  point est virgule ramassée sur elle-même ou bien oeuf qui la couve, que point est repos de la tête, petite pose, sur la jambe qu'est la virgule et que phrase avance, avance, marche dans le ciel à ras de terre, marche et dire dire phrase est homme qui marche à la lisière, entre ciel et terre marche, une virgule, une autre, un pas plus un pas marche, avance, trace un chemin vers la montagne au loin qui s'évanouit comme un appel intermittent, appel si proche qui s'éloigne pour revenir. Et (bien sûr et, petite copule qui vient conjoindre - malgré la majuscule initiale qui laisserait entendre la venue d'une phrase nouvelle - l'empreinte laissée autant  que l'empreinte à venir) homme marche encore marche, avance, va d'un pas lent, hale le vieux corps vers les lointains qui se dérobent, ne se retourne pas, laisse place derrière lui à l'étreinte des nuits, terre oui, lourde oui, sous les semelles, terre bientôt ensemencée, floraisons oui, pense-t-il, qui qui finiront bien par porter des fruits vers des mains lasses de tuer.

    (p. 365)

     

    Michaël Glück, ciel déchiré, après la pluie, L'amourier, 2019, 372 pages.

     

     

     

    ciel déchiré, après la pluie

     

     

     


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    impatience de l'absolu        ...avec Joë Bousquet

     

    Ma parole est issue de mes pensées et je pleure le temps où elle naissait de mon souffle. Il n'y a plus en moi, comme en élan plus fort que le temps, cette ressource suprême, qui retournait soudain contre elle-même la certitude que j'avais sombré, ce principe de tous les éblouissements, quand mon amour buvait à ma propre fin...

    J'aurai souffert du besoin de me donner. Il n'y avait pas une vie assez grande pour absorber la mienne; et je dois en toute hâte m'arracher à ce qui n'est capable de me lier qu'à moitié. Le désespoir serait tout l'horizon de mon amour. La solitude comme une impatience de l'absolu...

    Mourir, enfin, à ce que j'aime.

    (p. 33.)

     

    Vendredi... Poésie-liberté.

    Paroles qu'il faut lire lentement comme si on en déchiffrait la vérité à travers les incertitudes d'une pensée qui se rend enfin maîtresse de l'être. Je ne les ai écrites que pour tenir mon coeur ouvert à celles que toute leur vie sépare de mon amour. Elles sont vraies pour elles comme pour moi... Comme si la vérité de ma nature devait faire le vrai autour d'elle. 

    J'ai dit : Poésie-liberté.

    Je suis, de tous les hommes que l'on peut connaître, le plus étroitement lié. Mon corps est ma prison et ma pensée même me forge des chaînes. Chacun de mes sens pèse d'une façon différente sur l'immobilité qui m'enveloppe. Il est difficile d'imaginer les peines d'un homme que le poids de son corps éveille chaque matin et que, par la suite, chacun de ses désirs écrase sous la masse d'un rocher plus lourd.

    Ce qui décuple mon tourment, c'est que la liberté en personne se donne la peine de me l'infliger. Un homme libre, dirai-je pour m'expliquer, n'a pas le moyen de mesurer avec sa liberté celle qui m'a été ravie.  Personne ne peut savoir sous quel poids un homme comme moi succombe ce qui manque à sa vie sans issue devient la seule issue de sa pensée. La liberté dont je suis privé a grandi dans mon imagination: elle me ressemble comme une soeur. Si le privilège d'être aimé, c'est avec les couleurs d'un désir intact que ma pensée me représente la créature à qui tant d'infortune me reprend. 

    Si une telle affliction ne m'a pas réduit au désespoir c'est que ma voix m'est restée.

    (p. 92-93.)

     

    Joë Bousquet, traduit du silence, Gallimard, 1968.

     

    Prisonnier comme je l'étais de ma blessure...

     


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    Après avoir publié des poèmes, des essais littéraires et de nouvelles, 
    Le Pli des leurres est mon premier livre de fiction,
    que je dédie à Sarah Kane, auteure de la pièce 4.48 Psychose.
    Inspiré par la rencontre de sujets tout aussi exigeants
    envers le langage, mon nouvel ouvrage  se fendille
    comme une bogue de châtaigne sur un texte dramatique
    où le supplice psychique du personnage d’Oète
    se diffracte dans un théâtre intime à plusieurs voix…

     

     

    Détails :

     

    Éditeur : Z4 éditions 

    Collection : La Bleu-Turquin, dirigée par Jacques Cauda.

    Texte sur la 4è couverture par l'écrivain: 

    Lambert Schlechter

    Dessin de couverture : Doïna Vieru

    Parution : 27 mars 2020

    ISBN : 9782381130057

    Pages: 166

    Prix : 14 euros 

     

    Vous pouvez commander le livre auprès de l’éditeur :

    https://z4editions.fr/publication/le-pli-des-leurres/ 

     

    ou (sans frais de port) sur:

     https://www.lautrelivre.fr/luminitza-c-tigirlas/le-pli-des-leurres

     

     

     

    Le Pli des leurres

     

    Le Pli des leurres

     

     


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    ne pas dire jamais je     ...avec Philippe Thireau

     

    ô pas je jamais

    ne pas dire jamais je

    je dire ô pas dire toi ô

    qu'adviendrai-je sans toi moi

    mère éternellement hors ?

     

    charon mascaret

    remonte les temps partis

    ah maudit charon

    godille suave passeur

    en route pas ne me laisse

     

    dans ses yeux vois dans/

    les eaux bleues percent les yeux/

    vois bleu/bleu était

    ce regard emporté loin/

    de moi regard loin bleu est

     

    le ciel disparaît

    les nuages comploteurs

    d'un peintre de nuit

    sitôt venu voile et pluie

    l'enfant se découvre

     

    Philippe Thireau, Je te massacrerai / mon coeur, PhB éditions, 2019, 48 p.

     

     

     

     


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