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    …suite

     

    Toujours à l’orée du couchant / le même rivage apparaît tantôt hespérique tantôt occidental = le même.

    Son flanc tourne au gré des sentences amendées par l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi.

     

    Ouh …pouh …pou / c’est le chant d’un autre / un crapaud sonneur à ventre de feu. Le pionnier du temps doux se tient dans l’eau timide du bord.

    Et encore plus discrètement une série de Ouh Ouh ne me touchez pas, je suis venimeux…

     

    Le Dieu-Haleur l’attrape avec une pelle et l’écarte de sa mère.

    Muet, le sonneur plonge ses yeux globuleux d’amour dans une mare de l’Est.

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     


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    L’assèchement creuse l’émeute

    Temps noir — périple dans l’âme de l’onyx

    Tu attends le burin    ivre burin ivre

     

     

    Emily Young fixe le coin de l’œil à une tête monstrueuse 

    en pierre vivante crevassée aux bulles d’air voraces 

     

    Ma chair  / Le burin / L’attaquera-t-il aussi ? 

    Le même air m’aspire / Par l’océan de sel je mords aux Visions de l’Au-delà

    — Maître serais-je revenue sous le fouet de ton polyptique ?

     

    Ma nudité / L’éros  sans manque/ L’obscène de mon songe

    Ce goût à m’évanouir dedans

    L’Enfer du peintre m’est si familier/ N'est-il qu'un mirage de style ?

     

    Tu me hèles au jardin / Au « délices terrestres » les volets me sont fermés

    — Tourne le globe transparent dans les lueurs marines de la genèse

    L’après-midi avance des ombres aux géantes / aux têtes semi-finies 

      

    Qui étire la voix des pierres ?

    La sculptrice arrache Tintoret à la tétée du Jugement

     

    Cercle des formes volées

    à l’achèvement / au souffle adriatique / aux musiques enfuies 

     

    Tu ranimes un cloître — Madonna dell’Orto — un jour de septembre

    Ma Vénétie      Sans fin est l’attente

     

    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.) 

     

    Madonna dell’Orto Madonna dell’Orto  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sculptures: Emily Young, Venise, septembre 2015.

    Credits photos:

    Christian Claudepierre


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    QUAND LE BLANC... avec Paul Celan

     

    QUAND LE BLANC NOUS EST TOMBé DESSUS, pendant la nuit ;

    quand de la cruche dispensatrice est venu

    plus que de l’eau ;

    quand le genou écorché

    a fait signe à la cloche du sacrifice :

    Va, vole ! –

     

    Alors

    j’étais

    encore entier.

     

    Paul Celan, QUAND LE BLANC..., in "Renverse du souffle", traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre, Seuil, 2003, p. 39.

     

     


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    Avec Patrick Beurard-Valdoye: Gadjo-Migrandt, LIL4

     

    ...

    île licite airesie où votre nom ne vacille plus dvip presqu’île athonite où

    l’icône s’exile miraculeuse

    dans l’acte graphique fusionnent la lettre et l’image

    faire du retrait dans l’image c’est lui donner du verbe c’est nommer la

    figure

     

    ce nom télémétrique Luca ce renom tétragramme à l’initiale « L » gravé en

    vous cette fois sans lapsus sans lacune fixité transmise lucarne du

    néant rempart digue d’une flotte orthographique : : VITA DOMBO

    DIMBO DOMBO DIMBO

     

    votre démarche vise jusqu’aux cimes de l’anti-Athos qu’une théorie de

    Sisyphes angoissés ne sait atteindre

     

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    Le verbe avec Gherasim Luca

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    Tout y est:
    le cou de « couvrir » découvre l’être
    en « fenêtre »
    entr’ouverte
    comme un dé

    la roue et la hache
     Et voilà la Pure-lâcheté-de-s’enfuir-
     précipitamment-
     devant-l’absence-de-danger
     qui recommence:
     Comment -se- délivrer –de -soi-même/commet un délit d’être:
    il livre son corps aux deux m
     et aux deux anses
    qui l’attachent encore à « commence »
    ou plus précisément
     à Comment -se- délivrer -de- soi-même
     mais en tirant des coups de feu
    les coups de l’ex « tout à coup »
     sur tout
     et surtout sur soi-même
     et sur l’Impossible –façon –d’ouvrir-
     tout -à-coup-
     une –fenêtre –sur –la –pure –violence
     qui
    fourrée au centre des cibles
     entre par l’être de la « fenêtre »

    ...

     

     Gherasim Luca, Le verbe, in « Comment s’en sortir sans sortir »,

    Un récital télévisuel réalisé par Raoul Sangla, 1988, DVD, José Corti et Héros-Limite, 2008.

     

     

     

     


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    …suite

     

    Mirage laiteux / et toute une transhumance acoustique brasille négligemment autour.

    En un instant l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, fait économiser à l’écho l’argent de quelques cliquetis dans l’encre bleutée de la voûte.

    Dang ! Ding ! Dring ! où est ta nuée ?

    Tes griffes pépient dans le syllabaire / Féline blanche dans l’arène où les dissonances s’affrontent / le firmament te projette sur la face du fleuve.

    Eh-Oh ! Eh-Oh !

    Les vociférations de ton Dieu-Haleur bondissent d’une rive à l’autre. Avec chaque ouverture de sa bouche le cours de l’eau amoindrit la mère.

     

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     


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    Dans l'Océan de terre avec Apollinaire

     

    À G. de Chirico

    J’ai bâti une maison au milieu de l’Océan

    Ses fenêtres sont les fleuves qui s’écoulent de mes

    yeux

    Des poulpes grouillent partout où se tiennent les mu-

    railles

    Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner

    aux vitres

                            Maison humide

                            Maison ardente

                            Saison rapide

                            Saison qui chante

                Les avions pondent des œufs

                Attention on va jeter l’ancre

    Attention à l’encre que l’on jette

    Il serait bon que vous vinssiez du ciel

    Le chèvrefeuille du ciel grimpe

    Les poulpes terrestres palpitent

    Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres

    fossoyeurs

    Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs

    pâles

    Autour de la maison il y a cet océan que tu connais

    Et qui ne se repose jamais

     

    Apollinaire, Océan de terre, in Calligrammes,  Œuvres poétiques, Gallimard, La Pléiade,  1965, p. 268.

     

     

     


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