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    Le verbe avec Gherasim Luca

     ...

    Tout y est:
    le cou de « couvrir » découvre l’être
    en « fenêtre »
    entr’ouverte
    comme un dé

    la roue et la hache
     Et voilà la Pure-lâcheté-de-s’enfuir-
     précipitamment-
     devant-l’absence-de-danger
     qui recommence:
     Comment -se- délivrer –de -soi-même/commet un délit d’être:
    il livre son corps aux deux m
     et aux deux anses
    qui l’attachent encore à « commence »
    ou plus précisément
     à Comment -se- délivrer -de- soi-même
     mais en tirant des coups de feu
    les coups de l’ex « tout à coup »
     sur tout
     et surtout sur soi-même
     et sur l’Impossible –façon –d’ouvrir-
     tout -à-coup-
     une –fenêtre –sur –la –pure –violence
     qui
    fourrée au centre des cibles
     entre par l’être de la « fenêtre »

    ...

     

     Gherasim Luca, Le verbe, in « Comment s’en sortir sans sortir »,

    Un récital télévisuel réalisé par Raoul Sangla, 1988, DVD, José Corti et Héros-Limite, 2008.

     

     

     

     


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    …suite

     

    Mirage laiteux / et toute une transhumance acoustique brasille négligemment autour.

    En un instant l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, fait économiser à l’écho l’argent de quelques cliquetis dans l’encre bleutée de la voûte.

    Dang ! Ding ! Dring ! où est ta nuée ?

    Tes griffes pépient dans le syllabaire / Féline blanche dans l’arène où les dissonances s’affrontent / le firmament te projette sur la face du fleuve.

    Eh-Oh ! Eh-Oh !

    Les vociférations de ton Dieu-Haleur bondissent d’une rive à l’autre. Avec chaque ouverture de sa bouche le cours de l’eau amoindrit la mère.

     

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     


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    Dans l'Océan de terre avec Apollinaire

     

    À G. de Chirico

    J’ai bâti une maison au milieu de l’Océan

    Ses fenêtres sont les fleuves qui s’écoulent de mes

    yeux

    Des poulpes grouillent partout où se tiennent les mu-

    railles

    Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner

    aux vitres

                            Maison humide

                            Maison ardente

                            Saison rapide

                            Saison qui chante

                Les avions pondent des œufs

                Attention on va jeter l’ancre

    Attention à l’encre que l’on jette

    Il serait bon que vous vinssiez du ciel

    Le chèvrefeuille du ciel grimpe

    Les poulpes terrestres palpitent

    Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres

    fossoyeurs

    Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs

    pâles

    Autour de la maison il y a cet océan que tu connais

    Et qui ne se repose jamais

     

    Apollinaire, Océan de terre, in Calligrammes,  Œuvres poétiques, Gallimard, La Pléiade,  1965, p. 268.

     

     

     


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    …suite

     

    Le halage de l’infini / qui oserait le comprendre ?

    Pour sentir ce que c’est, il faut se tenir devant la bouche du vent / là où le son s’étire : ooooeeeiiii…

    Un son affilé qui te scrute depuis la dé-rive de l’Est. Par ce regard, la voix du Dieu-Haleur fait irruption : Eh ! Oh ! I-I-I !

    Et ces autres aiguilles sonores / voltigeuses dans l’air alarmé ?

    Qui les dégorge dans l’eau ? Elle aussi va implorer.

    L’abattage des arbres se poursuit sur le rivage : l’éclosion du vert-saule est décimée dans ses langes naissants.

    Quelle langue saigne dans ta voix montueuse ?

    Houles du fond la rejettent/ décuplée.

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     


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    Avec Pierre REVERDY  dans Le chant des morts (1944-1948)

     

    Je voyage percé à la surface

    A la terre pleine de sons

    Au signal qui vole à la trace

    Au gré des signes sans rigueur de la présence

    D’un fil à l’autre

    D’un éclair sans voix

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    …suite

     

    Agar-Agar !

    Fucus dentelé !

    Ici le Dieu-Haleur est dans son élément et les algues ne peuvent pas le brider.

    Au même moment, l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, se trouve coincé dans une rayure de son disque vinyle.

    Onde Onde Onde… fait ouïr l’incision bâtarde. Elle coupe en deux le m(o)-onde /

    Le Dieu-Haleur est le seul à savoir tirer du néant le son qui te manque. Il gonfle ses joues et le Monde revient avec le souffle chaud de la syllabe retrouvée.

    Aussitôt une frappe et tu entends : DéMon !

    L’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur a déjà tenté MonDe :   sa chair en est bouleversée.

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     


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    ...suite

    Le Dieu-Haleur affectionne toujours le noir mais il ne se souvient plus comment c’est... / lorsqu’on est l’enfant de sa mère /

     

    Émergé de sa fluidité matricielle, il enferma ses premières sensations dans une minuscule sphère de malachite. Qui la voit suspendue à son palais ? Di-Di-Di !

    Ses cordes vocales papillonnent, la capsule mémorielle paraît une troisième de leurs ailes.

     

    Toute une fantasmagorie intime, les effusions de sa mère infiltrent sa voix.

    L’essor vocal du jeune Dieu-Haleur n’est que vagissement liquide : naissez algues obscures ! Qui vous corrompe ?  

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     


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