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    La nef les confisque au monde. La lumière vient par les baies de plein cintre. Elle glisse en

    rayons jusqu’à leurs épaules. Ils avancent, la tête levée, pour ne rien perdre de la lumière.

    Elle les aimante, les conduit. Ils pleurent peut-être. Ils se sont assis sur un banc dans la travée.

    Des voix rondes, à moins qu’elles ne soient fluides, croisent la lumière. Au-delà de la clôture,

    des formes blanches sur le blanc du calcaire. Elles appartiennent à l’architecture. Ils ferment

    les yeux. Accord des voix, du calcaire, de la lumière comme une vague qui n’en finit pas. Ils se

    sentent lavés.

     

    Anne-Lise Blanchard, Les jours suffisent à son émerveillement, éditions Unicité, 2018, p. 29.


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    Mue

    et caresse les détresses en lents

    tourbillons apaisants

     

                                       Puis

    dans l’éveil

    substantiel ou immatériel

    du fin fond du regard jusqu’aux confins de l’univers

     

     

    sans filets

    telle la danse du veilleur.

     

     

    Sa mue frise le désert

    de présences éternelles

     

     

    Béatrice Machet, MUER, L’Amourier éditions, 2004, p. 27. 


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    en toi grandit la chaleur

    de tribus dogons

    et de masques

     

    et l’homme rencontré

    se lève en toi

    comme une sève

     

    tu expérimentes

    le jaillissement

     

    gorge profonde

    tapissée de rouge

     

    est-ce chauve-souris

    prise dans la toile

    du sang

     

    tu étends des draps

    maculés

     

    au branches nues

    des arbres

     

     

    Valérie Canat de Chizy, Talisman, Préface de Marie-Ange Sébasti, L’Harmattan, 2013, p. 11.

     


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    Les aiguillages de la rive Est ne jouent pas encore leur partition.

    La nuit n'en finit pas de se tordre dans sa mélasse et les fourches de l’acoustique diurne ne sont pas embranchées.

    Les fils imperceptibles pendent flapis entre l’émetteur ensommeillé et le récepteur présumé tout aussi vivant que multiple.

     

    L’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, se tient prêt pour transvaser la matière sonore dans la volupté des réverbérations.

    Il est seul à la besogne.

     

    Le Dieu-Haleur détourne souvent le radeau phonique pour l'immerger dans la tourbe.

     Qu’aurait-il encore à taire ? 

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     


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    La Journée de la langue roumaine (31 août)

     

    Sur les pas du poète Lucian BLAGA 

     

     

    Avec tes clameurs de lumière, avec les yeux sans fond de tes océans,

    avec les traces laissées dans la boue

    par d'innombrables vierges

    tremblant à cet instant

    de désir

    sur ta terre merveilleuse,

    je t'appelle: 

    viens, Univers, 

    viens. 

    Souffle dans mon oreille le murmure des sources,

    où au coeur de la nuit, 

    à l'insu de tous, les raisins

    se détachent de la vigne et se rassemblent

    pour s'emplir de jus,

    et alors — avec ta générosité mortelle

    viens,

    Univers,

    viens. 

    Et rafraîchis

    mon front brûlant

    comme le sable de feu

    que foule lentement, lentement

    un prophète au désert.

     

    Lucian BLAGA, Pasii profetului, Les pas du prophète , Traduction du roumain par Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2017, p. 71.


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    Plain-chant de l’oubli

    sonne encore l’alarme de mon absence

     

    Du magma craintif          je m’enroule

    en boule des mots —

    que les chatons me laissent défaire

    alors qu’ils s’emparent

    de la voix neuve d’une sœur

    (peut-être la mort)

    qui me visite par délices

    et par cahots    sans langue répertoriée

     

    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.)

     

     

     


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    Force cosmique réveille le clown

    qui a perdu son œil

    à la rencontre du lynx —

    l’autre comique du saut instantané

    vers le haut intra-muros    

     

    Ici je fais mes adieux au monde

    je trinque avec les dernières Perséides

    que l’été m’envoie pour mon collier

    Danaé m’embrasse sur le cou

    et le fil     se trans-lucide

     

    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.)

     

     

     


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