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    Un silence n’était pas d’ici
     
    Il descendait Il montait
     
     
    volutes            un pont
     
    rehauts en blanc
     
    dans la tourbe d’un mystère
     
    vague alluvion de l’univers rugueux

    Ah ! Tu déroulais ta main
    devant la plante de mon pied
     
     
     
    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.) 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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    Le 31 août 1941 la Poétesse a pris une corde...

    Un

    nœud

    coulant 

    pour celle qui  vivait dans le feu

     

    Dans l'intervalle entre la mort de Rilke et son propre suicide, 

    Marina Tsvetaeva a écrit  ...aux mondes:

     

    ***

    Le poème de l’air 

     

    Vieille chute de la chair

    Selon l'oreille — être esprit

    Pur. Au siècle laissons

    L’alphabet !

    Ouïe pure

    Ou son pur est-ce ainsi

    Que nous avançons ? Avant-son

    Du sommeil. Avant-frisson

    De félicité. Grondement plus tumultueux

    Qu'ondes équinoctiales dans une grotte.

    Que nuque secouée d'épilepsie.

    Que femme au ventre de la femme.

    Grondement certes, mais comparé au

    Tombeau de Pâques, tellement moindre

    Fracas!

    D'une sonorité plus haute

    Que le sonore  — par pause-intervalles

    (...)

               

                            Mai 1927

                            Meudon, à l’heure de Lindbergh

     

    Marina Tsvetaeva, Le poème de l’air, in Insomnie et autres poèmes,

    Édition de Zeno Bianu, Poésie/Gallimard, 2011, p. 189.

     

    (à suivre)

     


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    Sœur par une langue de feuillages

    Pourquoi es-tu silence

    au-dessus de l’ombrage d’ici ?

     

    Nous suivons la huppe fasciée

    sur la même allée au Bois de Feuilly

     

    Un castanea hâtif éploie ses chatons

    vers les frémis du saule

     

    Les sèves s’exfiltrent des mots esseulés

    Ta voix entend muer              la mémoire

     

    Le bouleau s’écaille à l’os d’été

    À mes pieds — averse de lumière 

    Puis-je fouler ce don ? Mon corps l’évite

     

    Du vol — vertige de voyelles— j’écoute

    : le Bois m’appelle     ah-ah-ah nous…

    En Feuilly       En Feuillu       En langues

     

    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.)


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    Aujourd'hui écrite en français - mon autre langue de cœur, 

    ma poésie ne pourrait porter en plus de mon prénom que mon nom de naissance, devenu

    nom de plume: Luminitza C. TIGIRLAS

     


    Poète qui se risque avec les mots entre l'Absolu et le Vide:


    Luminitza C. Tigirlas, d’origine roumaine, née en Moldova orientale, terre de la Roumanie ancienne, annexée par la Russie, est une survivante de l’assimilation linguistique dans l’URSS.

    Nouvelles, essais et poèmes publiés en roumain, langue maternelle sertie dans l’étrangère graphie cyrillique en République de Moldova d’avant la chute du Mur. Sa lalangue ravine sur ces traces traumatiques.

    Dans un ailleurs de mon autre part, la lumière d’un adret n’oublie pas m’avoir vue naître le 15 septembre 1966 — ce jour portait grâce à mes dix ans. Le matin même, les lettres de l’alphabet français se sont données à mon cahier. Voluptueusement.

    J’étais la fille du Nucarul, le noyer que mon père Vassili TIGIRLAS avait planté dès mon premier fil de voix. En Moldova orientale, le totalitarisme soviétique enchaîna le roumain du parler parental à la graphie cyrillique. Nous respirions densément du russe, langue de Mandelstam et de ses assassins. Mon Nucarul s’élevait d’un air. Les coques de ses noix transportaient les désirs clandestins de mon idiome d’héritage condamné au lit de Procuste. Secrètement, j’ai savouré avant l’heure son retour à l’alphabet roumain via la graphie latine du français. L’amour-poète avait trouvé son écriture.

    Française d’adoption depuis janvier 2000, psychanalyste trilingue à Saint-Priest dans Rhône. J'écris  en français poésie, prose, théâtre.

     

     

    Pour me joindre: luminitza.tigirlas@gmail.com

     


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    Quelqu’un m’attrape par le rebord de la nef

    Bosch s’en fous          il mène l’esquif à perte

     

    La lune là voilà — une courbe embouée

    par les œillades

    de la Venus tellurique qui n’a qu’à faire

    des bergers aux regards venteux

    La nef penche

    Quelqu’un m’installe un luth entre les mains

    Ma bouche s’ouvre

    Je suis la nonne qui chante

    la faim des yeux devant la galette

     

    (Luminitza C. Tigirlas, Poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2018.)

     

     


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