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    à même la racine     ...avec Esther Tellermann

     

    Et s'enlacent à votre

             respiration

    des soupirs et des rondes

             car vous

    convertissiez     la folie

    et les cimes

    en un regard

    que ploie

            le blanc sous

    les métamorphoses

    (p. 49)

    *

    Puis je revins

    dans le cadre

    vous laisse

         peindre

         un présent

    corrompu par

    l'odeur des aisselles

    des sueurs âcres

            ô soeur

    Ariane

    j'avais rapporté

        ta douleur

        et ton poids.

    (p. 96)

     

          Alors

    orgues soupirent

    la plaine

    puisqu'un jour déjà

        après l'autre

    se penche dans

       encadrure

    rapporte le lilas.

    Il ne s'éteint

    quand votre genou

    se retire

           pour dire

    un horizon

    qui s'empourpre

            sur

    ce qui déjà n'est

           plus.

    (p. 112)

     

    Esther Tellermann, Corps rassemblé, éditions Unes, 2020.

     

    Corps rassemblé

     

     

     


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    Attirée par la langue d'Oc et la Méditerranée, peut-être en égale mesure par les deux, j'ai déménagé en juin 2020 à Montpellier.

    Le 30 décembre 2020, jour inondé d'un soleil sans masque, en faisant un tour à Avignon, mes pas m'ont porté dans la cour de la Salle Marceu Bosqui, troubaire et tambourinaire, et là... surprise! -- une plaque m'a rappelé vers mes racines roumaines: 

    Vasile Alecsandri - le Mistral roumain

     

    Les archives de la Toile ont bien éclairé ma lanterne

    et j'ai eu envie à mon tour de partager avec mes ami(e)s lecteurs du monde

    ce que je viens d'apprendre ou réapprendre dans un contexte différent de celui de mon enfance en Moldova orientale.

     

     

    Frédéric Mistral et le poète roumain Vasile Alecsandri

    En mai 1878 se déroulent à Montpellier les premières grandes Fêtes latines organisées dans la mouvance de la renaissance d’oc. Comme pour toute rencontre d’inspiration félibréenne, et dans le souvenir des Jeux floraux du Moyen Âge, un grand concours de poésie est organisé. Cinquante-six poètes de langue latine concourent pour le choix du “Chant du Latin”, destiné à devenir l’hymne identitaire de la latinité. Parmi eux, trois auteurs de langue roumaine enverront des textes, une écrivaine anonyme de Tîrgu-Mures, un certain Romulus Scriban et Vasile Alecsandri.

    Le poème d’Alecsandri, Cîntul Gintei Latine - “Chant de la gent latine” - est couronné et largement diffusé dans la presse de l’époque, de Turin à New York en passant par Bogota. Cet honneur montpelliérain rencontre un écho important dans la jeune Roumanie, dont l’indépendance n’a été reconnue qu’un an plus tôt, et qui bénéficie ainsi d’un éclairage mondial. Des liens profonds se tissent dès lors entre les intellectuels roumains et les acteurs de la renaissance d’oc.

    Le poète national roumain Vasile Alecsandri et le grand poète de la Provence cherchent tous deux à sauver leur langue par l’invention d’une littérature qui puiserait aux racines populaires de leur pays. À Mircesti comme à Maillane, c’est “aux pâtres et aux gens de la terre” (Mistral), que le poète s’adresse.

     "Le nom d'Alecsandri est inscrit dans le ciel des bons génies de Provence, comme il l'est au panthéon des plus pures gloires latines et des immortels fondateurs de la nationalité roumaine" 

     Lettre de Frédéric Mistral à Pauline Alecsandri, 12 septembre 1890.

     A droite : Recueil de poésies roumaines de Vasile Alecsandri, “traduites en vers provençaux” par Alphonse Tavan, 1886.

      Au-delà de la relation de profonde amitié qui lie les deux grands poètes, s’ouvre avec les Fêtes latines de Montpellier une décennie de roumanophilie dans les milieux de la renaissance d’oc à laquelle répond l’attachement d’Alecsandri à la culture occitane au point de se nommer lui-même “trobaire d’Orient”. L’amitié roumano-occitane culmine lors des Jeux floraux de 1882 en présence d’Alecsandri, alors président du Sénat roumain. Les félibres vont alors trouver dans la reine de Roumanie, poète sous le nom de Carmen Sylva, l’héritière de la légendaire Clémence Isaure de Toulouse. La reine de Roumanie, à laquelle de nombreux poètes dédient des compositions en langue d’oc, est déclarée Maître des Jeux floraux en 1883.

     

    Vasile Alecsandri - le Mistral roumain

    La Gent latine est la reine
    Des nations de l'univers
    Son étoile, fixe et sereine,
    Scintille au fond des cieux ouverts.
    Vers d'immortelles destinées,
    Elle marche d'un pas certain,
    Versant aux gentes inclinées
    Tous les rayons de son matin.

    La Gent latine est une vierge
    Au charme doux et ravissant ;
    L'étranger vers elle converge
    Et l'adore en la bénissant.
    Belle, vive, joyeuse et fière,
    Sous le ciel bleu, dans l'éther pur,
    Elle rit dans la lumière,
    Et se baigne en des flots d'azur.

    La terre à la Gent latine
    A tout donné : or, blé, rayons ;
    Et, largement, sa main divine
    Les répartit aux nations.
    Mais, terrible dans sa colère,
    Rien n'arrête son bras vengeur,
    Lorsque la tyrannie altière
    La menace en son honneur.
    Lorsque viendra l'heure suprême
    Et que Dieu lui demandera :
    " Je t 'ai donné le diadème,
    Qu'as-tu fait ? " elle répondra,
    Ayant à sa droite la Victoire,
    A sa gauche la Vérité :
    " Sur la terre, pour ta gloire,
    Mon dieu, je t'ai représenté. "

    Vasile Alecsandri, Le chant de la Gent latine, 1878.

     

    http://francais.agonia.net/index.php/poetry/1835436/Le_chant_du_latin



    Ce texte a été couronné du premier prix lors du congrès des Félibriges à Montpellier en 1878. Son auteur, Vasile Alecsandri, a été un très bon ami de Frédéric Mistral. En tant qu'homme de culture et sénateur, V. Alecsandri a énormément contribué au renforcement des liens culturels entre la Roumanie et le Sud de la France, entre la Moldavie, sa province natale et la Provence, mettant en valeur l'origine latine commune de nos langues et peuples.
    Ce poème et ce commentaire nous ont été transmis par R. Bena, Consul Général de Roumanie à Marseille.

     

     

     

     

    https://www.babelio.com/auteur/Vasile-Alecsandri/337947

     

     

     

    Vasile Alecsandri - le Mistral roumain

     

     

     

    Vasile Alecsandri - le Mistral roumain

     

    (Les photos d'Avignon m'appartiennent - Luminitza C. Tigirlas, 30.12.20)


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     Tentative de haïku     ...pour Georges SEVE,

    qui nous réunit généreusement au Qi Gong Bambou sur le Domaine de Méric à Montpellier.

    Lorsque je l'appelle Maître, l'homme sème sa poésie :  "milliMaître ça suffit..."

     

     

     

    Nu, l’érable dans la lueur du Lez

    Sur la rive

    le maître SEVE

    étire le sens du mouvement

    Je lève le bambou –

    une aile élance mon bras

     

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, Lueur du Lez, 

    in Autres poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2020. © Tous droits réservés ) 

     

     

     

     

     


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    ...avec  Gérard Pommier

     

    "La poésie brûle" de Gérard Pommier lu par Luminitza C. Tigirlas

     

     

    Le lien ci-dessus permet d'accéder à mon texte.  

     

    Mes vives remerciements à Oedipe Le Salon de m'avoir accepté en tant que passeur de ce livre intense et surprenant.  

     


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    Paul Celan 

    Todesfuge Fugue de mort

    Lait noir de l’aube nous le buvons le soir
    le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
    nous buvons et buvons
    nous creusons dans le ciel une tombe là on n’est pas serré
    Un homme habite la maison lui joue avec les serpents il écrit
    il écrit quand il va faire noir en Allemagne tes cheveux d’or Margarete
    écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens
    il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
    il nous commande allons jouez pour qu’on danse
    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
    nous buvons et buvons
    Un homme habite la maison lui joue avec les serpents il écrit
    il écrit quand il va faire noir en Allemagne tes cheveux d’or Margarete
    Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe là on n’est
    pas serré
    Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez
    il attrape le fer à sa ceinture il le brandit, ses yeux sont bleus
    enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse
    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
    nous buvons et buvons
    un homme habite la maison tes cheveux d’or Margarete
    tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents
    Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne
    il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel
    vous aurez votre tombe alors dans les nuages là on n’est pas serré
    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne
    nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
    la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu
    il te touche d’une balle de plomb il ne te manque pas
    un homme habite la maison tes cheveux d’or Margarete
    il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
    il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne
    tes cheveux d’or Margarete
    tes cheveux cendre Sulamith
     
    Traduit par Jean-Pierre Lefebvre
     
     
    "Lettre 51
    Paris, le 28 juillet 1960
    Ma chère, chère Nelly!
    Tu vas mieux -- je sais.
     
    Je le sais parce que le mal qui te traque -- qui me traque aussi -- est reparti, a cédé et s'en ai retourné au non-être où il a sa place; parce que je sens et sais qu'il ne peut pas revenir, qu'il s'est dissous en un petit tas de néant.
    Voilà, maintenant tu es libre, une fois pour toutes. 
     
    Et -- si tu me permets cette pensée -- moi avec toi, nous tous avec toi.
    Je t'envoie ici encore quelque chose qui aide contre les petits doutes qui parfois nous assaillent; c'est un morceau d'écorce de platane. On le prend entre le pouce et l'index, le tient bien fort en pensant à quelque chose de bon. Mais -- je ne peux te le taire -- des poèmes, et surtout les tiens, sont d'encore meilleures écorces de platane. Je t'en prie, alors recommence à écrire. Et laisse cela s'acheminer vers nos doigts. Tu sais combien nous -- et pas seulement nous -- en avons besoin.
    (...)
    De tout coeur
    Ton Paul"
     
    Nelly Sachs -- Paul Celan, Correspondance, Belin, 1999, p. 51-52.
    Traduit de l'allemand par Mireille Gansel
     
     

    Paul Celan , cent ans

     
     
     
     
     

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    à Gherasim Luca 

     

     

    Sa lettre hèle mon vitré fugueur

    Au fol jardin son corps est murmuré

    aux heures des fluides

    où l’espoir me trompe avec l’averse

    Les flots étirent le pli jusqu’au sol

    L’encre fuit

    L’épître s’imbibe aux notes camphrées

    par mon Bois de Hô     

    L’arbre est détenu dans le nom camphrier

    Alors il se traduit par Levée d’écrou

    Dans la cellule libérée     

    j’attends le corps flottant qu’il se console

     

    ( © Luminitza C. Tigirlas, Le corps flottant dans mon oeil gauche, 

    in Autres poèmes de la soif matinale, Série d'inédits, 2020. © Tous droits réservés ) 

     

     

    La Lettre D

     

     

     

     

     

     

    Si j’ai eu le privilège de choisir entre les deux dernières lettres qui restaient à Doïna VIERU, artiste-peintre dans le désordre de son « Action poétique urbaine » à Paris, c’est parce que je suis sa mère et, entre les deux confinements, elle a pu descendre chez moi, à Montpellier. Par chance, l’une était celle qui me faisais frissonner le plus, car les 23 lettres à un inconnu font aussi partie de mon essai inédit LUCAPHONIE, dédié à l’œuvre-vie de Gherasim Luca, et dont un fragment publié en 2019 en revue traite minutieusement de cette prose poétique épistolaire Levée d'Écrou, née en 1954 et parue comme publication posthume en 2003 chez José Corti.

     L'extrait de mon manuscrit:

    Gherasim Luca-son double, son dé-z’écroué

     

    La Lettre D

     

    "8 novembre 19..

    Monsieur,

     

    Il nous est permis de croire dans le présent d’autant plus résolument que nous nous insérons mieux dans l’absent. Mais pour entretenir le fol jardin de mon espoir, il me faut d’abord – et je l’aurai, soyez en persuadé – la fleur de votre peau.

    Délicatement."

    Gherasim Luca, Levée d'Écrou, éditions José Corti, p. 9.

     

    À la page 57 de ce livre on trouve le fac-similé de la lettre du 8 novembre 19… :

     

    La Lettre D

     

     

     

    La lettre de Gherasim Luca transcrite par l'artiste-peintre Doïna VIERU, accrochée dans mon jardinet comme Action Poétique Urbaine,  a attirée mon regard de fin juillet à novembre 2020.

    Chaque jour, j'ai envoyé à Doïna les images de sa métamorphose, de ce que les pluies, les vents, le temps faisaient à ce corps en encre et papier dans sa chute du mur sur la terre sous mon Bois de Hô, l'Arbre de  la Vie après Hiroshima, que l'on nomme communément Camphrier...

    D'où mon poème d'aujourd'hui

     

    ...à son tour Doïna VIERU a fait des dessins

    et le scénario de leur préhistoire, 

    c'est notre 

    CréAction  dixit Gherasim Luca.

     

    https://doinadoina2000.wixsite.com/23lettres  

     


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    ça équivoque    ...avec Adeline Yzac

     

     

     

    Baudelaire de Dieu

                             les mots

                             je mords dedans

    encore et encore

                             à belles dents

                             du moins je crois

    les mots

                            qui d’eux

                            de moi

                            a le plus de mordant

                            qui d’eux de moi

                            a une dent contre

                            et bouffe l’autre

                            jusqu’au                                 néant

     

    (p. 23)

    envers du dé-corps

    j’ai perdu les subordonnées relatives

    les conjonctions

    où est donc passé or ni car

    la coordination se fait mal

    j’ai oublié le pluriel

    envers du dis-corps

    l’autre j’ai perdu de l’autre

    je parle dans le vide

    je prêche dans le désert

    je parle à petits mots

    du presque rien

    du menu grain

    pour les moineaux

     

    (p. 51)

     

    Adeline Yzac, en corps et en corps, Poésie, éditions Musimot, 2019.

    Couverture: création graphique © Monique Lucchini 

     

    en corps et en corps

     

     

     


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