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    Les mots étaient des loups    ...avec Vénus Khoury-Ghata

     

     

    D'où viennent les mots?

    de quel frottement de sons sont-ils nés

    à quel silex allumaient-ils leur mèche

    quels vents les ont convoyés jusqu'à nos bouches

     

    Leur passé est bruissement de silences retenus

    barrissement de matières en fusion

    grognement d'eaux mauvaises

     

    Parfois

    Ils s'étrécissent en cri

    se dilatent en lamentations

    deviennent huée sur les vitres des maisons mortes

    se cristallisent  pépites de chagrin sur les lèvres mortes

    se fixent sur une étoile déchue

    creusent leur trou dans le rien

    aspirent les âmes égarées 

     

    Les mots sont des larmes pierreuses

    les clés des portes initiales

    ils maugréaient dans les cavernes

    prêtaient leur vacarme aux tempêtes

    leur silence au pain enfourné vivant

     

    Vénus Khoury-Ghata, Les mots étaient des loups, Gallimard, 2016, p. 121. 

     

     

     

     

     


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    …suite

    Repos est un mot inconnu pour la rivière /

    Nus et Goulus, des O-O-O-O-O surgissent d’elle et encerclent l’instant où le fils renonce… à se nommer / Dieu-Haleur n’est pas un emploi /

    Le corps de l’Enfant ploie sous l’incrédulité de la mère.

    Encore plus lourde que sa peine, une motte de rive le récolte, l’appelle, l’enserre et l’échauffe, ressemé en elle comme il le fut jadis entre les rives de sa mère.

    Une flopée des libellules relie l’Est à l’OùEst —

    Zou-ou-oum ! Zou-ou-oum ! Ou-oum-zoum !

    Leurs virages déconcentrent l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur /

    Il les confond avec l’une de ses manivelles et les retourne sur elles-mêmes comme dans un tambour de lumière…

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     


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    Merci de tout coeur à la revue Ornata

    qui publie dans son N° 6 bis en ligne

    mes poèmes "Dévêtue rêv ê tu e" 

    en compagnie des images signées Olivia HB: 

     

    https://www.eurydemaornataeditions.com/copie-de-revue-ornata-6-1 

     

     


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    L’aube   …avec William Butler Yeats

    Je voudrais avoir l’ignorance de l’aube

    Qui de là-haut a vu

    Cette vieille reine mesurer une ville

    Avec l’épingle d’une broche,

    Ou ces vieillards flétris regarder

    De leur pédante Babylone

    La course insouciante des planètes,

    Le déclin des étoiles et l’éveil de la lune,

    Et saisir leurs tablettes pour y faire des calculs ;

    Je voudrais avoir l’ignorance de l’aube,

    Et comme elle tout simplement,

    Balancer sur les épaules embrumées des chevaux

    Les paillettes de son char ;

    Je voudrais (car tout savoir ne vaut pas un liard)

    Avoir la folle ignorance de l’aube.

     

    20 Juin 1914 – Février 1916

     

    William Butler Yeats, L’aube in « La rose et autres poèmes »,

    Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean Briat, Gallimard, 1998, p. 155.

     

     

     

     

     


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    Juillet ? Une île !    ...avec Eric Villeneuve

     

    De partout arrivaient des torrents.

    Mais, dans la gorge elle-même, ces derniers ne formaient qu'une seule chute.

    Une chute dont il ne restait rien, cent mètres plus bas!

    Pas de bassin ni de pertuis entre lesquels

    l'eau fracassée eût tournoyé dans un bruit de tonnerre...

    Non, chute silencieuse, absorption  directe

    des torrents par le vide,

    via un gouffre informe, l'égal d'un trou noir.

    (p. 119)

    ...............................................

     

     

    Mettons que je ne sois plus tout à fait celui que je suis...

     

    Mettons qu'il m'arrive ce qui m'arrive

    parfois:

    d'entrer en transe et de changer, pour ainsi dire, d'identité...

     

    Pas longtemps, certes, puisque

    rien n'y paraît: juste le temps de m'approprier 

    une ou deux expressions d'une autre époque et de

    les employer à bon escient.

     

    Oui, je deviens quelqu'un d'autre à cette seule fin.

    Sans le décider, il est

    vrai...

     

    Victime du phénomène, plutôt:

    j'ai conféré tant de pouvoir aux mots que ceux-ci agissent

    parfois à ma place.

    (p. 217)

     

    Eric Villeneuve, Aventures dans l'île de Juillet, P.O.L.,  2011, p. 119; p. 217. 

     

     

     

     


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    …suite

    La rivière flambe et les saules égouttent leurs branches carbonisées. Les dernières syllabes pleureuses se consument jusqu’à la feuille pâlotte de l’arbre plié en deux.

    La voix du Dieu-Haleur luit dans ce vert longiligne / Un vert-vertige froissé par les échos de tout l’Est possible / C’est la voix de plusieurs vociférations réunies et elle fuse dans l’impératif /

    La bouche brûlée de sa mère-rivière l’entend.

    Faute d’un père, elle incendie L’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur — Aimez-le ! Aimez-le ! Aimez-le !

    La cordelette de l’exhortation lange le timbre du fils. Il quitte son rôle, il n’est plus Dieu-Haleur / Un instant, dans ce délire à deux, la mère se refait...  

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     

     


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    J'ai lu les chemins pavés de nos corps   ...avec Adonis

     

     

    Comment la lune devient-elle fauve? Comment le jour et la

    nuit

    devient-ils la peau de massacres qui égarent la raison et

    stupéfient

    les astres de l'imagination?

     

    J'ai lu les chemins pavés de nos corps / emprunté les tournants

         du passé ses fissures et ses secrets / écouté la gorge homérique

        poursuivre sa plainte :

    Ulysse  Ulysse 

    j'ai touché ce qui traîne le réel par la mémoire et 

    l'absence par la présence qui est une autre forme de l'absence

     

     

    Adonis, Prends-moi, chaos, dans tes bras,

    Traduit de l'arabe par Vénus Khoury-Ghata, Mercure de France, 2015, p. 10.

     

     

     

     

     

     

     


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