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    Après ce déluge    ...avec Ingeborg Bachmann

     

    Après ce déluge

    j'aimerais voir la colombe

    et rien que la colombe

    encore une fois sauvée.

     

    Je sombrerais certes dans cette mer!

    si elle ne s'envolait

    si elle n'apportait pas

    à la dernière heure la feuille.

     

     

     

    Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes,

    Traduction de l'allemand (Autriche)  par Françoise Rétif, Gallimard, 2015, p. 399.

     

     

     

     


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    …suite

    L’eau gémit, ses molécules se brisent sur les ossuaires de l’autre langue. 

    Dans les limbes, ton souffle tâte l’air de l’Est / L’estuaire tords ses remous : oies d'écume traversent tes cerceaux d'ailes anonymes… 

    Pourquoi muer et se défaire de la peau nommée limba 

    Le Dieu-Haleur porte en voix ce derme originel / Il persiste à ne pas y mettre du fard/ Rare- Rare- Rare ! / Et surtout rien à envier aux pervenches d’en haut du large / Celles qui outragent le rire marin avec leur ultra bleu. 

    Le coucher met le feu aux nuages balbutiants / Tu les dévisage : les nues changent d’hémisphère comme les sondeurs qui se rouent d’hémicycle en hémicycle le nez dans des études. 

    Les mots en faillite ne s’embrasent que rarement dans ta globule orientale / L’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur pince la corde d’une nouvelle volière / Le son fouette le monde et prend le silence en otage… 

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     


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    Idiome …avec Andrea Zanzotto

     

    Le ciel est limpide jusqu’à

    être inconnu

    Tout est intoxiqué par le soleil

    Moi, sous lui, je tousse en ce

    Bruissement d’êtrifications

    et je suis distrait,

    des plus distraits par la violence

                                       d’un froid

    qui ne fait pourtant rien de mal

     

    Je lorgne des solitudes

    Autrefois miennes        désormais uniquement

                                         à elles-mêmes

    Tous les reproches semblent se calmer

                                         en reflétant

    Tout est distraction et

                                         peut-être moins, un

    peu moins que prévu, peine

     

    Andrea Zanzotto, Idiome, José Corti, 2006, p. 193.

     

     

     

     


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    Partage-toi, nuit     ...avec Nelly Sachs

     

     

    Dans l’instant une étoile clôt son œil

     

    Le crapaud égare sa pierre lunaire

     

    Toi dans ton lit tu offres ton souffle à la nuit

     

    ô carte de l’univers

     

    tes signes conduisent les nervures d’étrangeté

     

    hors de nos esprits —

     

     

    Nous autres déshérités nous pleurerons la poussière —

     

    Nelly Sachs, Partage-toi, nuit, Traduction de l'allemand par Mireille Gansel, Verdier, 2005, p. 88.

     

     

     

     

     


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    Je remercie Alain Wexler et la revue VERSO pour m'avoir publié dans les numéros 171, 173 

    ainsi que pour la sympathique invitation de lire  mes poèmes  à haute voix le 5 octobre 2018 à Lyon.

    à cette occasion, je  lirai des inédits et aussi quelques poèmes de mon recueil "Noyer au rêve", éditions du Cygne, 2018: 

     

    https://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-noyer-au-reve.html

     

     

    Invitation à la lecture des poèmes par la revue VERSO

     

     

     

     


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    Tristia  ...avec  Ossip Mandelstam déporté

     

     

    J'entends, j'entends la jeune glace

    Sous les ponts bruire de frissons,

    Je me souviens des houblons clairs

    Qui flottent au-dessus des têtes.

     

    Du haut des escaliers sans coeur,

    Des places aux palais anguleux

    Quand il sentait sa lèvre lasse

    Alighieri chantait bien mieux

    Ce cercle chéri de Florence...

     

    Cet autre granit granuleux

    Mon ombre le ronge des yeux,

    Elle voit la nuit des billots

    Qui le jour semblaient des maisons.

     

    Ou mon ombre bat le pavé,

    Fait du scandale, baille un peu,

    Court chez les gens se réchauffer

    Près de leur ciel et de leur vin.

    Et mon ombre nourrit de pain

    Amer les cygnes importuns...

    21-22 janvier 1937, Voroneje.

     

    Ossip Mandelstam, Tristia et autres poèmes, Gallimard, 1982,  p. 202.

     

     

     

     


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    C’est un trou de lumière

     

     

    qui tend les fils coupants

     

    par où s’en vont les routes de l’exil.

     

    L’horizon est alors en tension avec les cieux.

     

     

    Les vignes alentours ont viré au jaune roux.

     

    Au cœur d’une harmonie qui s’est immobilisée

     

    les senteurs s’écoulent dans les rainures de la terre

     

    s’infiltrent dans la matière des choses

     

    le long de  leur verticalité.

     

     

    Après les pluies d’automne

     

    la blancheur de la lumière ouvre les champs.

     

    Sol mélancolique.

     

    Ciel troublé au souffle du vent.

     

     Un trou de lumière qui réanime les bruits intérieurs

     

     

     

    Christine Durif-Bruckert, Arbre au vent, Éditions du Petit Véhicule,  2018,  p. 31.

     

     

     

     


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