• traduit du silence

     

    impatience de l'absolu        ...avec Joë Bousquet

     

    Ma parole est issue de mes pensées et je pleure le temps où elle naissait de mon souffle. Il n'y a plus en moi, comme en élan plus fort que le temps, cette ressource suprême, qui retournait soudain contre elle-même la certitude que j'avais sombré, ce principe de tous les éblouissements, quand mon amour buvait à ma propre fin...

    J'aurai souffert du besoin de me donner. Il n'y avait pas une vie assez grande pour absorber la mienne; et je dois en toute hâte m'arracher à ce qui n'est capable de me lier qu'à moitié. Le désespoir serait tout l'horizon de mon amour. La solitude comme une impatience de l'absolu...

    Mourir, enfin, à ce que j'aime.

    (p. 33.)

     

    Vendredi... Poésie-liberté.

    Paroles qu'il faut lire lentement comme si on en déchiffrait la vérité à travers les incertitudes d'une pensée qui se rend enfin maîtresse de l'être. Je ne les ai écrites que pour tenir mon coeur ouvert à celles que toute leur vie sépare de mon amour. Elles sont vraies pour elles comme pour moi... Comme si la vérité de ma nature devait faire le vrai autour d'elle. 

    J'ai dit : Poésie-liberté.

    Je suis, de tous les hommes que l'on peut connaître, le plus étroitement lié. Mon corps est ma prison et ma pensée même me forge des chaînes. Chacun de mes sens pèse d'une façon différente sur l'immobilité qui m'enveloppe. Il est difficile d'imaginer les peines d'un homme que le poids de son corps éveille chaque matin et que, par la suite, chacun de ses désirs écrase sous la masse d'un rocher plus lourd.

    Ce qui décuple mon tourment, c'est que la liberté en personne se donne la peine de me l'infliger. Un homme libre, dirai-je pour m'expliquer, n'a pas le moyen de mesurer avec sa liberté celle qui m'a été ravie.  Personne ne peut savoir sous quel poids un homme comme moi succombe ce qui manque à sa vie sans issue devient la seule issue de sa pensée. La liberté dont je suis privé a grandi dans mon imagination: elle me ressemble comme une soeur. Si le privilège d'être aimé, c'est avec les couleurs d'un désir intact que ma pensée me représente la créature à qui tant d'infortune me reprend. 

    Si une telle affliction ne m'a pas réduit au désespoir c'est que ma voix m'est restée.

    (p. 92-93.)

     

    Joë Bousquet, traduit du silence, Gallimard, 1968.

     

    Prisonnier comme je l'étais de ma blessure...

     

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