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     Invitée pour exposer à Oedipe-le-Salon,

    Doïna VIERU répond aux questions de ma collègue Delia Kohen, psychanalyste et maîtresse des lieux.

    Leur dialogue peut être visionné

    sur le site en cliquant sur le lien suivant: 

     

    https://www.oedipelesalon.com/doina-vieru-janvier-mars-2022/

     

     

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    C'est le titre de mon article contre la guerre publié sur le site de la Fondation Européenne de psychanalyse:

     

    La paix, telle la rose d’Angelus Silesius, est-elle sans pourquoi ?

    Peut-elle fleurir parce qu’elle fleurit ?

    La paix peut-elle s’épanouir sans que nous, les humains, ne renonçons à perdre de notre jouissance de se voir comme Un, sans que nous acceptions à cette dépense hors garanties contre un Réel illimité ?

     

    Mercredi 23 février 2022--- j’ai commencé à rédiger une Note de lecture que j’intitulais « Euphorie au-dessus du réel. En lisant Charles Melman, Jean-Pierre Lebrun, La dysphorie de genre : à quoi se tenir pour ne pas glisser ?, érès, 2022 » et dans laquelle j’avançais :

    « Vingt ans après leur entretien « L’homme sans gravité », ces deux interlocuteurs rodés à l’exercice, se retrouvent devant les réminiscences du « jouir à tout prix », impératif qu’ils interrogent par le biais de la toute-puissance infantile devenue inentamable. De ne plus recevoir des limites parentales, ni sociétales amène l’enfant qui grandit à ne plus renoncer même à l’âge adulte à la toute-puissance que produit la sexualité.

    Ce nouveau dialogue des deux psychanalystes est provoqué par la sortie de Petite fille, film de Sébastien Lifshitz, dans lequel Sacha, 8 ans, né garçon, dit se vivre comme une fille depuis ses 3 ans. Pour avoir moi-même été interloquée par ce film, je comprends ce qui a mis au travail nos collègues et leur désir de partager cette préoccupation avec un public laissé dans la confusion par le traitement du sujet. Selon Ch. Melman, avec la science, nous sommes en mouvement vers « la maîtrise du réel » et « pourquoi pas le choix de son sexe », donc, à mon sens : pourquoi pas le TOUT d’un maître du monde ? »

     

    Une journée paisible.

     

                Le matin du jeudi 24 février, avant de me remettre à mon texte de réflexion sur le non-renoncement à la toute-puissance infantile, j’ai ouvert un courriel d’Helene L'Heuillet, l’invitée de mon séminaire du 12.02.22 « Vérité et acte du sujet dit psychotique », où nous avions évoqué le risque de guerre. Le 24.02.22, Hélène m’écrivait : « Bon courage pour vous, chère Luminitza Tigirlas, et pour les vôtres vivant en Moldavie. »

     

    Le fil des actualités m’a confirmé : tout avait basculé à l’aube de ce jour de 24 février 2022, rien ne pouvait plus se poursuivre comme la veille,

    lorsque la guerre en Ukraine était encore une menace à laquelle on n’avait aucune envie de croire.

     

     

    L’âme meurtri,

    dans l’impuissance devant la folie belliqueuse de Poutine

    qui attaque brutalement

    afin de soumettre l’Ukraine à sa jouissance dictatoriale,

    je relis Ossip Mandelstam, poète proscris, accusé de « ne pas avoir fait corps avec la révolution ».

    Le Staline de ses poèmes est reconnaissable dans le Poutine de nos cauchemars éveillés.

     

    ***

    Printemps froid. La sans pain, la craintive Crimée,

    Comme sous Wrangel – et pareillement coupable.

    Chiens bergers sur le sol. Loques rapiécées.

    Et la même morsure de fumée acide.

     

    Mais beaux comme toujours les lointains, comme absents,

    les arbres, leurs bourgeons sur le point d’éclater,

    sont comme des intrus, et fait pitié à voir,

    l’amandier qu’embellit la bêtise pascale.

     

    La nature ne reconnaît pas son visage

    et terribles sont les ombres de Kouban, d’Ukraine…

    Des paysans faméliques, sur le sol de feutre,

    gardent la porte, ne touchent pas à la clé.

    (Ossip Mandelstam, mai 1933, Stary Krym)

     

    La même année 1933, en novembre, le poète interdit par le régime stalinien, écrit :

     

     

    ***

    Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,

    à dix pas ne sont plus audibles nos paroles,

    mais là où la parole à demi-mot suffit

    c’est lui, le montagnard du Kremlin, qu’on évoque.

    Ses doigts épais sont gras comme des vers de terre,

    ses mots, infaillibles comme des poids d’un poud.

    Parmi ses moustaches ricanent des cafards

    et les tiges de ses bottes sont des miroirs.

     

    L’entoure une racaille de chefs au cou frêle,

    sous-hommes dont il use comme de jouets.

    Un qui siffle, un autre qui miaule, un qui pleurniche,

    lui seul s’amuse en père fouettard et tutoie.

    Il forge, comme fer à cheval, ses oukases –

    frappe, qui à l’aine, qui au front, qui à l’œil.

    Toute mise à mort est pour lui délectation

    et fait se dilater sa poitrine d’Ossète.

     

    (Ossip Mandelstam, Œuvres poétiques, Le bruit du temps, 2018, p. 427 et p. 439)

     

     

     

    Le 26 février, les yeux rivés sur le flux des informations de guerre, je tombe sur une réponse de François Heisbourg, Conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique, qui précise dans une interview du 26 février 2022 :

    « La Moldavie est elle aussi menacée ? - Oui, l’état tampon risque fort de disparaître. C’est la deuxième étape géographique par rapport à l’Ukraine. Je ne pense pas qu’il va se priver du plaisir de manger tout cru une Moldavie qui est elle-même politiquement et sociétalement très divisée. Et là, des soldats français seront face à face avec des soldats russes. À la frontière roumaine. Aujourd’hui la Moldavie est dans une phase pro-occidentale, mais c’est comme en Ukraine, c’est fragile. »

    https://www.les ambitions de poutine sont plus larges

     

    À la lecture de ces prévisions funestes, mon cœur saigne d’autant plus que je suis roumaine née en Moldova orientale, morceau de terre de la Roumanie ancienne, terre annexée par la Russie à plusieurs reprises. Avant d’être psychanalyste, je suis une poète de langue française, survivante de l’assimilation linguistique en URSS.

    Actuellement la République de Moldavie est encore indépendante…, mon pays d’origine offre abri aux refugiés qui affluent de l’Ukraine.

     

    L’exode n’a jamais pris fin depuis la nuit des temps.

               

                En 1932 Einstein voulant être éclairé sur le « besoin d’haïr et d’anéantir », prédisposition latente de l’homme qui « peut être réveillée avec une relative facilité et s’intensifier en psychose de masse » se tournait vers Freud : « Y a-t-il une possibilité de diriger le développement psychique des hommes de manière à ce qu’ils deviennent davantage capables de résistance face aux psychoses de haine et d’anéantissement ? »

     

    Qu’est-ce qui aujourd’hui reste encore valable de la réponse de Freud dans « Pourquoi la guerre ? »

     

    D’après Freud, « la guerre est, de la façon la plus criante en contradiction avec les positions psychiques que le procès culturel nous impose, c’est pourquoi nous ne pouvons que nous indigner contre elle, tout simplement nous ne la supportons plus, ce n’est pas seulement une récusation intellectuelle et affective, c’est chez nous autres pacifistes une intolérance constitutionnelle, une idiosyncrasie en quelque sorte poussée à l’extrême. Et il semble bien que les avilissements esthétiques de la guerre n’ont pas une moindre part dans notre révolte que ses cruautés.

    Combien de temps nous faut-il encore attendre avant que les autres aussi deviennent pacifistes ? On ne saura le dire, mais peut-être n’est-il pas utopique d’espérer que l’influence de ces deux facteurs, la position culturelle et l’angoisse justifiée devant les effets d’une guerre future, mettra fin à la pratique de la guerre dans avenir à portée de vue. » (S. Freud, Œuvres complètes, Tome XIX, PUF, 2004, p. 81.)

     

    Pouvons-nous toujours affirmer suite à Freud qu’il nous ai permis de dire : « tout ce qui promeut le développement culturel travaille du même coup contre la guerre » alors que l’œuvre d’humanisation pacifiste semble vouée au ratage par la toute-puissance infantile devenue inentamable ?

    Avec le malaise actuel dans la civilisation, les monstres de la violence au pouvoir sans limite et leurs passages à l’acte sont-ils de plus en plus inévitables ?

     

     

    Luminitza CLAUDEPIERRE TIGIRLAS, Poète

    Psychanalyste à Montpellier, membre de l’A. L. I. et de la FEP,

    Docteure en Psychopathologie de Paris 7.

    Montpellier, le 26 février 2022

     

     


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    …suite et fin

     

    Pyreta lèche d’un bond la trace laiteuse de ce qui chuinte avec l’aube, elle la respire par chaque molécule d’eau errante.

    Est-elle encore rivière ?

    L’évaporation l’attire vers le bleu des mots d'en haut, très Haut. Ici le Dieu-Haleur se rêve dansotant à nu le son, l’enfance se faufile dans un jardin connu.

    Il y a un rythme trotteur dans le silence du souvenir:

    — Bois petit pas… Bois Saule à mots suspendus… Bois Tilleul d’en bas de l’impasse vallonnée…

    Un temps encore plus ancien tient éveillé l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi.

    Il l’aimante :

    — Par ici, par ici Pyreta, ton lit est sol que l'eau suçote, il est feuilles  de flot

    messager et d'hellébore, ton corps n'a pas à tenir de frontière. Passe par ici où

    le jour hisse ses voiles de réverbérations, ici tes rives envahies d'herbes à fous

    les éblouissent à coups de chuchotis

     

     

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas)

     

     

     

     


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    …suite

    Le vent d’hier a oublié ses béquilles sur la rive Est. C’est la rive claudicante.

     

    Pyreta arrose les cannes de l’aquilon, elles poussent de petits cris verdoyants qui enlacent les saules, leur blanc fuyant. 

    L’amour les empourpre et une lumière se déhanche dans l’eau comme dans l’air — on l'entend écheveler les roseaux  :

    Oya-Oya-a-a Oya-Oy-ai-é

     

    Temps ivre de pépiement…

     

    Le Dieu-Haleur reboit à la source du premier son et la rive d’OùEst le cajole en écho

    Avant que la glace ne dentelle la voix de Pyreta-rivière, l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, l’ensemence de poèmes émiettés en feux-follets

     

    Leur respiration fait fondre la frontière

     

     

     

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     

     

     


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    …suite

    Pyreta respire l’évanescence des clameurs qui la rompent entre elle-même et les contours de son fils.

    Las d’elle ou lâché par sa voix, le Dieu-Haleur se perd dans le virage écrit / Un texte de boue argileuse le fait prendre corps de trop/ l’imprime à demeure/

    Le grain des pages n’y est pour rien.

    À tire-d’aile, cette nuit s’abat laiteuse — les nuages de ta neige sont encore excités par le dernier poème d’O.M.

    Les tournants s’accélèrent au-dessus d'Ungheni, ville de la rive Est. Sur le pont pré-ferré, l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, accorde les rails dissonants / largo largo /...entre deux lambeaux d'une même terre

    Pour une dé-cantate

    Ou Requiem à la seule perte que tu désires ardemment:   cette frontière doit, doit chuter !

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     

     


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    …suite

    Le jour s’enfuyait avec un cri laminé dans la bouche d’un renard-vulpes qui jaunissait à vue d’œil /

    C’est alors que le Dieu-Haleur —au lieu de vociférer— a commis un texte incrusté dans la trace du canidé / Comm-ettre rend coupable, fait zoom sur la culpabilité (verte et planée)  / Du vol(a-t-il), du voleur, du volage…

    Détournée des sons aigus, la narration venue au Dieu-Haleur s'auto-expulse de la berge de l’Est.

    Le même contenu manifeste sera à bannir de la rive d’OùEst.

    Chevauchant dans l’écho du milieu, l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, va devoir monter la texture

     

    (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     


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    …suite

    L’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur lève un coin d’infini et s’élève sur une échelle que ce maître a fait mine de ranger à travers une nue.

    La hardiesse du Dieu-Haleur a défiée l’aiguillage prémonitoire.

     

    Aujourd'hui plus que jamais à la recherche d’une chair sans frontières, l’âme errante de Pyreta sillonne —rivière— le récit de l’oubli et de l’abandon d’une terre originelle.

     — Ri-Ri-Ri-Ris!

    Son fils a mordu dans cette miche au goût de poème ensommeillé.

     

     

    Le Dieu-Haleur est le premier poète de sa lignée / E-eh flop !

    Un désespoir latent jubile dans sa voix-ponton qui part de la rive Est pour ne jamais encore atteindre le rivage éclairé d’en face…

     

     (Prose poétique inédite de Luminitza C. Tigirlas.

    ...à suivre au gré des jours)

     

     

     

     


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