•  

     

     

     

     

    Les Sonnets à Orphée    ...avec Rainer Maria Rilke

     

    Sois toujours mort en Eurydice – et plus chant que
    jamais
    remonte, et plus louange, ainsi remonte au pur rapport.
     

    Ici, chez les passants, sois, au royaume où tout prend fin,
    sois un verre qui sonne et dans le son déjà se brise.
     

    Sois – et sache à la fois la condition qu’est le non-être,
    l’infini fondement qu’il est de ta ferveur vibrante,
    et donne à celle-ci, unique fois, pleine existence.

     

    Rainer Maria Rilke, « Les Sonnets à Orphée II »,

    in Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, 1997, p. 607.

     

     

    PS: Extrait de mon essai "Rilke-Poème. Elancé dans l'asphère",

    L'Harmattan, 2017. Voir:

     

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com/rilke-poeme-a147912408  

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

      Ainsi naît la solitude       ...avec Roberto Juaroz

     

    L'œil trace sur le toit blanc

    une mince raie noire.

    Le toit assume l'illusion de l'œil

    et devient noir.

    La raie s'efface alors

    et l'œil se ferme. 

     

    Ainsi naît la solitude. (V, 11)

     

     

    Roberto Juaroz, Poésie verticale, Traduit de l'espagnol (Argentine) par Roger Munier,

    Fayard, 1989, p. 94.

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

     

     

    L’aube   …avec William Butler Yeats

    Je voudrais avoir l’ignorance de l’aube

    Qui de là-haut a vu

    Cette vieille reine mesurer une ville

    Avec l’épingle d’une broche,

    Ou ces vieillards flétris regarder

    De leur pédante Babylone

    La course insouciante des planètes,

    Le déclin des étoiles et l’éveil de la lune,

    Et saisir leurs tablettes pour y faire des calculs ;

    Je voudrais avoir l’ignorance de l’aube,

    Et comme elle tout simplement,

    Balancer sur les épaules embrumées des chevaux

    Les paillettes de son char ;

    Je voudrais (car tout savoir ne vaut pas un liard)

    Avoir la folle ignorance de l’aube.

     

    20 Juin 1914 – Février 1916

     

    William Butler Yeats, L’aube in « La rose et autres poèmes »,

    Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean Briat, Gallimard, 1998, p. 155.

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

     

    Après ce déluge    ...avec Ingeborg Bachmann

     

    Après ce déluge

    j'aimerais voir la colombe

    et rien que la colombe

    encore une fois sauvée.

     

    Je sombrerais certes dans cette mer!

    si elle ne s'envolait

    si elle n'apportait pas

    à la dernière heure la feuille.

     

     

     

    Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes,

    Traduction de l'allemand (Autriche)  par Françoise Rétif, Gallimard, 2015, p. 399.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    Partage-toi, nuit     ...avec Nelly Sachs

     

     

    Dans l’instant une étoile clôt son œil

     

    Le crapaud égare sa pierre lunaire

     

    Toi dans ton lit tu offres ton souffle à la nuit

     

    ô carte de l’univers

     

    tes signes conduisent les nervures d’étrangeté

     

    hors de nos esprits —

     

     

    Nous autres déshérités nous pleurerons la poussière —

     

    Nelly Sachs, Partage-toi, nuit, Traduction de l'allemand par Mireille Gansel, Verdier, 2005, p. 88.

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    Tristia  ...avec  Ossip Mandelstam déporté

     

     

    J'entends, j'entends la jeune glace

    Sous les ponts bruire de frissons,

    Je me souviens des houblons clairs

    Qui flottent au-dessus des têtes.

     

    Du haut des escaliers sans coeur,

    Des places aux palais anguleux

    Quand il sentait sa lèvre lasse

    Alighieri chantait bien mieux

    Ce cercle chéri de Florence...

     

    Cet autre granit granuleux

    Mon ombre le ronge des yeux,

    Elle voit la nuit des billots

    Qui le jour semblaient des maisons.

     

    Ou mon ombre bat le pavé,

    Fait du scandale, baille un peu,

    Court chez les gens se réchauffer

    Près de leur ciel et de leur vin.

    Et mon ombre nourrit de pain

    Amer les cygnes importuns...

    21-22 janvier 1937, Voroneje.

     

    Ossip Mandelstam, Tristia et autres poèmes, Gallimard, 1982,  p. 202.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    Le blanc et le noir ...avec Eugène Ionesco

     

    Dès ma première pièce de théâtre, je me suis pris à vouloir écrire la tragédie du langage : ce fut comique. Je suis un auteur comique. Un dessinateur naïvement comique. Avec le temps et l’expérience je serais menacé par la tentation du tragique, heureusement ce n’est que du comique. Tout au plus, des formes comiques du mal. Mais c’est bien cela : le mal doit être comique, le mal c’est peut-être le comique, c’est peut-être cela. En somme, c’est la fête, un mât de cocagne avec des lots-surprises accrochés à chaque branche.

     

     

    Ces lots-surprises sont des masques pour les enfants.

     

    Mais tout ce que je dis est double. Les masques eux-mêmes sont généralement horribles, il y a peu de choses qui séparent l’horrible du comique. En fait ils ne sont pas si horribles que cela. La mode est aujourd’hui de donner aux enfants des poupées bien plus horribles que mes masques. Je suis encore dans le débonnaire. Pourquoi donne-t-on aux enfants des monstres-poupées, alors qu’on leur donnait autrefois des poupées aux figures douces et sereines. Je vous laisse donner des explications à ce fait.

     

    Eugène Ionesco, Le blanc et le noir, Gallimard, 1985, p. 44.

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique